samedi 6 octobre 2018

Nuages posés sur le vide


C'est samedi
Ça semble être un bon jour pour commencer à écrire un roman
Et bizarrement ça n'arrive jamais
Car je me rue en librairie et en arrive toujours au même constat
L'enfance pourrie, le viol, l'inceste et la dépression
Fuck c'est déjà pris


C'est dimanche
L industrie du porn te donne envie de jouir dans des inconnus
Dans ta psy
Dans le ou la première venue
C'est normal
C'est banal
C'est la tendance du siècle

C'est lundi
Procrastination et surconsommation boivent des coups en terrasse
Ils rient avec leurs voisins
Ca ressemble à de la joie
Personne ne le dit
Mais en vrai tout le monde trouve que le goût de la bière est bizarre
Que le ciel manque vraiment d'oiseaux
Que l'éphémère est en passe de devenir une maladie chronique

Je dis ça parce que je fais partie de ceux qui doutent
Ceux sur qui les choses ne glissent pas suffisamment
Ceux qui ont peur et que les arbres rassurent
par leur constance

Donnez-moi 3 chèvres et une cabane dans les bois
Je l'écrirai votre bouquin promis

Dégueulasse le thé dans l'avion
Tristounet le ciel à l'aéroport
Pas grave
Après tout
J'ai un faible pour l'art brut
Et surtout pour ces nuages posés sur le vide
Tu publies des livres donc tu existes
Tu en édites donc tu existes
Tu vis dans le passé et tu te dis que tu as existé
Tu souffres donc tu existes
Tu te venges donc tu existes
Tu fais un enfant donc tu existes
Tu séduis donc tu existes
Tu sens que tu as un certain pouvoir donc tu existes
Tu cultives une folie très légère donc tu existes
Tu bois trop donc tu oublies que tu existes
Tu es élu délégué de ta classe donc tu existes
Tu jouis donc tu existes
Tu votes donc tu existes
Tu ne votes plus donc tu existes
Tu as une voiture très voyante donc tu existes
Tu médites donc tu existes
Tu cours des marathons donc tu existes
Tu existes sur les réseaux sociaux donc tu existes
Tu réponds aux codes des genres donc tu existes
Tu détestes les codes des genres donc tu existes
Tu portes un masque donc tu peux exister
Tu pries
Tu crois
Tu répètes des choses en boucle
Tu relis Descartes
Et c'était pas obligé

lundi 24 septembre 2018

Rémi, 14 ans. Sa mère est morte il y a 5 ans. Depuis son père est en dépression. Rémi vend du shit au collège et n'aime pas trop ma séquence sur l'autobiographie.

Marcelle, 83 ans, éjectée sur un chantier à coup d'élévateur, elle s'en sort pas trop mal. Trois côtes cassées et un traumatisme crânien. Qu'est-ce qu'elle foutait là? On sait pas.

Jade, 11 ans, envoyée en internat à l'autre bout du département parce qu'elle comprend pas grand-chose à ce que l'école essaie de lui refourguer. Elle s'est quand même mise à pleurer entre deux " allez vous faire foutre".

Baptiste, 16 ans, sa mère est à l'hôpital et son père a été muté il y a 5 ans. Jamais revenu. Il attend d'être placé.

Y a des soirs comme ça, je suis un peu fatiguée.

dimanche 9 septembre 2018

Marie-Rose (encore)


C'est décidé
Je ne veux plus être un animal sauvage
C' est ce que j'ai annoncé à Marie-Rose hier
En m'asseyant dans son canapé fleuri
C'est drôle comme entrée en matière elle m'a dit
Mais en fait elle n'a pas ri
Parce que j'ai 40 ans
Parce qu'elle en a 70
Et qu'elle en connaît un rayon sur les paradoxes et l'amour
Et la mélancolie
Elle en connaît un rayon sur la poésie aussi
Ce don qu'a l'écriture parfois d'entretenir la tristesse comme un vice
De caresser la petite charogne qui loge au fond du ventre
Le sale petit engrenage des paysages pluvieux
C'est vrai c'est un peu facile au fond
D'ailleurs je n'écris plus et pour cause
Y a d'autres chemins qu'elle dit Marie-Rose
Y a d'autres chemins

Quelque part je m'en fous qu'elle soit psy
Je m'en fous de sa bibliothèque
De sa médecine
J'ai plutôt besoin de ses yeux
De ses cheveux blancs
De la gravité de sa voix
Qui ne dit presque rien
De cette intelligence du silence
De cette grandeur des êtres libres
À côté desquels on se sent tout de suite un peu mieux
Surtout un vendredi soir de septembre
Dans le soleil de cette terrasse de bistrot
Marie-Rose elle a les canapés fleuris
Des fleurs dans les cheveux
Et c'est ma psy

jeudi 23 août 2018

Merde, lui, c'est pas le genre à décliner à la première absence. Et pourtant Monsieur roots in the green déprime. Monsieur rien à faire ou presque n'a pas pas le teint frais. Petite mine. Les bras qui traînent. Bon. Moi qui croyais que mon amour immodéré des grands espaces sauvages, des forces telluriques, des arbres en contre-jour et de l'océan lui suffirait. Faux. Bim. Et oui. Pas facile les êtres qui ne parlent pas. Pas simple le silence avec ceux que la psycho-psychana-psychiatrie ne concerne pas. Ceux qui ne parlent pas, ne pleurent pas, n'écrivent pas, ne dansent pas, ne se plaignent pas. Ceux qui n'ont pas de subconscient à se faire fouiller. Encore que. On ne sait pas tout. Et même parfois on ne sait rien. Alors peut-être juste laisser faire le décor, la contigüité des petites choses qu'on voit pas, l'angle du regard, le hasard si ça se trouve.

21 août. J'ai fait le grand ménage de printemps, j'ai déposé pas mal de choses à la déchetterie, débarrassé le plancher. J'ai ouvert la fenêtre côté sud-sud-est, c'est-à-dire côté soleil du matin.
Depuis on dirait qu'il va mieux. Depuis on dirait que je vais mieux.

Demain j'ai 40 ans, c'est la première et la dernière fois
et Monsieur Yucca n'a pas dit son dernier mot.

mardi 31 juillet 2018

Ginette la grenouille est morte hier soir
Un coup sur le crâne a suffi
C'etait une soirée d'été on ne peut plus paisible
Et Ginette avait tenté sa première piste noire entre les petits rochers blancs
A l'heure où les rayons obliquent
Un moment parfait
Une vraie carte postale
A l'extrémité d'un lac déserté par les humains
Mais parfois il suffit d'un
Il se trouve que cet un était mon fils
Ça aurait pu être un autre
Ou une bête sauvage
Ça ne change rien

On n' est pas beaux Ginette
On n'est pas très classe
On tourne en boucle dans nos pulsions primitives
On se conduit comme des manches
On ne contemple jamais les choses assez longtemps
On fait des choix malheureux

Ginette reine parmi les reines
Princesse des ancolies

J'entends déjà les " Pas grave Ginette, t'en verras d'autres"
Mais ce coup-ci non
Y en aura pas d'autres

C'est quand même un peu dingue de se dire qu' avec un seul caillou on peut indifféremment
devenir batricide ou juste joliment réinventer le présent
Avec pour seules variables le jour, l'heure et l'angle de la lumière.

samedi 7 juillet 2018

Des fois je me demande
Moi qui cours à une vitesse vertigineuse vers mes 40
Ce que je foutais quand j'avais 20 piges
De mes vacances sans perspective, sans horizon d'attente
Tout ce qui rendait la vie trop rapide
Tout ce qui me portait
Tout ce qui me rendait amoureuse
Les bleus aux genoux

C'était joli
C'était ça la vraie poésie
Rien à foutre de la météo
Rien à foutre d'avoir l'air d'une femme
Rien à foutre des nuits blanches
Ce que je faisais de mes soirées solo aussi
En fait j'en n'avais pas
Je me demande ce qu'il reste aujourd'hui de tout ça
Mais au fond je sais

La lumière
Et le carburant du vent