mardi 30 mai 2017
vendredi 19 mai 2017
jeudi 18 mai 2017
Je me souviens de
cette fille au lycée
Violette
ceinture dorée
collants troués
toujours un petit
miroir à portée de main
captée par tous les
discours
amatrice
d’étiquettes
c’est rassurant au
fond elle disait
d’être une petite
salope
un bon remède à
l’anonymat
un bon moyen de ne
pas disparaître
elle voulait tout
mais trouvait pas souvent
elle enchaînait
les plans galère
les plans cul
les plans sans rien derrière
les plans galère
les plans cul
les plans sans rien derrière
avec l’école la
police les mecs
c’étaient les
meilleurs moments de sa vie il paraît
et elle dessinait ça
au compas à l’intérieur de ses cuisses
elle pouvait pas
être parfaite
alors elle visait
l’abjection Violette
des fois dans les
toilettes
elle faisait des
crises
elle tombait d’un
coup
et se crispait à en
devenir laide
au point que
personne voulait voir ça
à ce point-là
un jour le SAMU l’a
emmenée
alors on l’a revue
au crématorium Violette
enfin juste ceux qui voulaient
enfin juste ceux qui voulaient
et sa mère n’était pas là
on n’a jamais su
pourquoi
mercredi 17 mai 2017
Au sud du nord
tu verras
c’est facile
d’être une fille fantastique
c'est facile d'être psychosée
c’est facile
d’être sur les réseaux sociaux
beaucoup plus que de ne
pas être
avec quelques
phrases choc
tu te hisses au rang
d’idole ou de fils de pute
deux espèces en
voie de prolifération
et quel que soit ton
rôle dans l’histoire
c’est toujours le
même scénario
envoie de la merde
tu reçois de la merde
envoie de l’amour
tu reçois de la merde
merci la poésie
merci la France
c’est pas du
cynisme de ma part
c’est de
l’expérience
c’est de la
tentative
c’est l’histoire
qui se répète
c’est ce qui suinte
d'une éducation
polie jusqu’à l’os
qui cherche à garder le contrôle
des choses incontrôlables
entre ménage et
serviabilité
entre sordide et
lucidité
c’est ce que
j’apprends à chaque fois que je coupe le cordon
c'est-à-dire tous les trois mois
depuis trente ans environ
et cette nuit à un moment j'ai eu
envie
de descendre tous les chemins qui mènent à la mer
de descendre tous les chemins qui mènent à la mer
et de remonter les pentes du
massif de la Clape
et les souvenirs
de cette petite défonce aux effluves de fleurs des montagnes
de mon exhibition de seins nus sous le ciel
c’est pas grand
chose c’est vrai
c’est pas
grand-chose
un simple remède à
la mort
qui me fera
peut-être la semaine
samedi 6 mai 2017
mon voisin mon chien mon chef mon ex et le Christ
j’écris pas. je
fais semblant. qu’est-ce que ça peut bien foutre. l’humain c’est
pas beau. ni aujourd’hui ni demain. une bête sociale mal
dégrossie. suffit de le savoir. on passe bien à l’image. on
accouche en sang de phrases profondes. on parle d’amour. et tout le
monde commence à se détester. on s’en fout. on a besoin de
personne pour rayonner. on prône cette merde solitude. au nom de l'art ou je sais pas quoi. on combat
pour occuper tout l’espace. au milieu du désert. alors on crie.
mais la voix ne porte pas. et puis on s’écroule en larmes dans un
coin de la cuisine. nous les trous béants. nous les crevasses remuantes.
on n’en finit pas de pas se remplir. notre besoin de consolation
etc etc. tout le monde sait ça. on fait semblant et on le fait bien.
on donne des leçons toute la journée. on se maquille le masque
devant la glace. on déambule dans les ports comme des cow-boys. mais
les bateaux eux sont déjà loin. on renifle l’air comme des chiens. on
aboie. mais la voix ne porte pas. j’écris pas. je fais semblant.
qu’est-ce que ça peut bien foutre. la poésie ne sauvera personne.
et personne ne me sauvera.
mercredi 3 mai 2017
Memento
avant que l’air pue trop la merde
avant de commencer à construire les blockhaus
avant qu’on foute les poètes en prison
avant les implants les traceurs
avant la fin de la semaine
avant la fin tout court
ne pas oublier
d’acheter une cabane
trois chèvres
un chien
ainsi que le guide des chemins de la dernière transhumance
tu viens aussi ?
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