jeudi 18 mai 2017

Je me souviens de cette fille au lycée
Violette
ceinture dorée
collants troués
toujours un petit miroir à portée de main
captée par tous les discours
amatrice d’étiquettes
c’est rassurant au fond elle disait
d’être une petite salope
un bon remède à l’anonymat
un bon moyen de ne pas disparaître

elle voulait tout
mais trouvait pas souvent
elle enchaînait
les plans galère
les plans cul
les plans sans rien derrière
avec l’école la police les mecs
c’étaient les meilleurs moments de sa vie il paraît
et elle dessinait ça au compas à l’intérieur de ses cuisses
elle pouvait pas être parfaite
alors elle visait l’abjection Violette

des fois dans les toilettes
elle faisait des crises
elle tombait d’un coup
et se crispait à en devenir laide
au point que personne voulait voir ça
à ce point-là
un jour le SAMU l’a emmenée
alors on l’a revue au crématorium Violette
enfin juste ceux qui voulaient 
et sa mère n’était pas là
on n’a jamais su pourquoi










mercredi 17 mai 2017

Au sud du nord


tu verras
c’est facile d’être une fille fantastique
c'est facile d'être psychosée
c’est facile d’être sur les réseaux sociaux
beaucoup plus que de ne pas être
avec quelques phrases choc
tu te hisses au rang d’idole ou de fils de pute
deux espèces en voie de prolifération
et quel que soit ton rôle dans l’histoire
c’est toujours le même scénario
envoie de la merde tu reçois de la merde
envoie de l’amour tu reçois de la merde
merci la poésie
merci la France
c’est pas du cynisme de ma part
c’est de l’expérience
c’est de la tentative
c’est l’histoire qui se répète
c’est ce qui suinte
d'une éducation polie jusqu’à l’os
qui cherche à garder le contrôle des choses incontrôlables
entre ménage et serviabilité
entre sordide et lucidité
c’est ce que j’apprends à chaque fois que je coupe le cordon
c'est-à-dire tous les trois mois depuis trente ans environ
et cette nuit à un moment j'ai eu envie
de descendre tous les chemins qui mènent à la mer
et de remonter les pentes du massif de la Clape
et les souvenirs
de cette petite défonce aux effluves de fleurs des montagnes
de mon exhibition de seins nus sous le ciel
c’est pas grand chose c’est vrai
c’est pas grand-chose
un simple remède à la mort
qui me fera peut-être la semaine

samedi 6 mai 2017


mon voisin mon chien mon chef mon ex et le Christ



j’écris pas. je fais semblant. qu’est-ce que ça peut bien foutre. l’humain c’est pas beau. ni aujourd’hui ni demain. une bête sociale mal dégrossie. suffit de le savoir. on passe bien à l’image. on accouche en sang de phrases profondes. on parle d’amour. et tout le monde commence à se détester. on s’en fout. on a besoin de personne pour rayonner. on prône cette merde solitude. au nom de l'art ou je sais pas quoi. on combat pour occuper tout l’espace. au milieu du désert. alors on crie. mais la voix ne porte pas. et puis on s’écroule en larmes dans un coin de la cuisine. nous les trous béants. nous les crevasses remuantes. on n’en finit pas de pas se remplir. notre besoin de consolation etc etc. tout le monde sait ça. on fait semblant et on le fait bien. on donne des leçons toute la journée. on se maquille le masque devant la glace. on déambule dans les ports comme des cow-boys. mais les bateaux eux sont déjà loin. on renifle l’air comme des chiens. on aboie. mais la voix ne porte pas. j’écris pas. je fais semblant. qu’est-ce que ça peut bien foutre. la poésie ne sauvera personne. et personne ne me sauvera.

mercredi 3 mai 2017

Memento


avant que l’air pue trop la merde
avant de commencer à construire les blockhaus
avant qu’on foute les poètes en prison
avant les implants les traceurs
avant la fin de la semaine
avant la fin tout court
ne pas oublier
d’acheter une cabane
trois chèvres
un chien
ainsi que le guide des chemins de la dernière transhumance

tu viens aussi ?