mercredi 16 août 2017

Pute, ça s’improvise pas.
Alors pute insignifiante, t’imagines le taf.
Je ne suis ni assez courageuse, ni assez fière de mon cul pour ça.
Et puis les talons je supporte pas. Et puis j’ai toujours trop chaud ou trop froid.
Je me plains du temps et des gens.
J’ai eu une enfance plutôt sage. J’ai toujours manqué d’audace. Et je suis de cette génération en voie d’extinction et sûrement un peu con qui ne peut pas baiser sans aimer. Ca m’a valu de pleurer sûrement plus souvent qu’une pute après une passe.
Faut avoir des couilles pour faire pute. Faut être douée en psychologie de la misère et de la bourgeoisie. Faut être un peu infirmière. Faut encaisser la violence. Faut être douée en humains. Et puis en liberté.
Les putes sont pas toujours libres, c'est vrai. Mais la liberté c’est qu’un concept un peu factice, un peu flou, pour faire rêver les sociétés. Un truc pour éviter qu’on foute le feu. Un genre de garde-fous. Pute ou pas, tout le monde de traîne sa petite chaîne, son petit boulet d’acier, sa petite cage qui sent pas bon. Liberté de nourrir sa prison mentale, liberté d’addiction, liberté d’avoir mal dans un monde qui fonctionne pas. Personne n’y échappe vraiment.
Toi non plus. Faut pas être Freud pour comprendre qu’ à chaque fois que tu traites une inconnue de petite pute, tu chiales ta mère. On est tous pareils. On passe nos vies à chialer nos mères. Cherche pas. T’es malheureux. T’es une victime. La nuit, tu appelles. Tu voudrais qu’on t’embrasse les paupières, qu’on te caresse le plexus solaire. Tu voudrais qu’une main douce te rassure les couilles, mais personne le fait. Tu voudrais qu’on te parle de ta puissance, comme Maman, mais personne le fait. Toutes les femmes sont ta mère et toi tu joues au fils de pute. C’est ta misère que tu craches. On a compris. Jouir quand on est seul ça manque de sens oui. C’est insignifiant oui. Toi aussi t’as compris.
Moi tu vois, ce que j’aurais voulu, c’est avoir une place dans ma famille, ne pas avoir été humiliée, savoir gueuler un peu fort, être capable de décevoir mes parents de temps en temps, devenir une fille solide. Chacun ses problèmes.
Aujourd’hui j’ai 39 ans et je suis pas spécialement féministe.
Je veux bien qu’on me traite de pute, mais seulement si c’est moi qui demande.

mardi 8 août 2017

l’humanité est un trou


je veux dire, les gens naissent avec des trous dans le ventre. Des trous qu’ils portent comme des cheveux ou des angiomes invisibles. Des fois silencieux. Des fois tyranniques. Des trous à la Hitler. Des trous qui chialent leur mère. Des trous qui veulent être remplis. C’est nos trous à nous. Nos trous chéris. Nos trous de merde. Et on finit par appartenir à nos trous.

D’autres s’ajoutent après. Alors les trous qu’on est se mettent à courir les magasins de bouffe, les épiceries, les boutiques d’i-phones. Les trous boivent beaucoup. Les trous consomment comme des malades mentaux. Les trous achètent des livres qui parlent de sang et d’amour in utero. On explique aux trous que c’est bien normal d’être malheureux et au fond du ah voilà, on rassure les trous à grands coups de codes, de lois, de réformes pleines d’amitié et de télé. On cache les trous avec des uniformes et des badges. Les trous remplissent des autorisations, les trous signent des formulaires. On leur montre la direction des chemins barbelés. On vaccine les trous pour qu’ils ne s’infectent pas. On les protège.

Et puis nos trous rencontrent d’autres trous. Des trous qui baisent d’autres trous. Des trous qui achètent des terrains et qui bâtissent leurs maisons sur leurs trous. Leurs gouffres. Ils s’arrachent les ongles, comme dans les rêves bizarres où on court sur place, où on hurle et que personne n’ entend et on continue comme ça à porter nos trous comme des enfants adorés jusqu’à la fin.

Moi aussi je peux voir les morts et je te jure que c’est pas un don.

Papa m’a dit tu iras loin ma fille, mais loin c’est flou, loin c’est rien, loin c’est qu’un trou.