J’écris pas
Trop à faire. Et je fous rien. C’est encore dimanche. C’est souvent dimanche . La vieille voisine cherche un chat jaune. Un vieux voisin écoute du Ozzy Osbourne. Avec une certaine fierté. En souvenir du passé. Le patron du p’tit casino m’a appelée Mademoiselle. La vieille voisine sait pas trop si je suis une dame. A cause des cheveux. Le vent est bâtard. Ca pue le printemps. Un sac plastique fait le tour du parking. La vieille toujours cherche son chat. Elle prépare une bonne brandade. En souvenir du passé. Le chat rôde dans le jardin du vieux. Il se frotte à l’âme du hard rock. Le cadavre de mon sapin de Noël pourrit sur le balcon. Je rate toutes mes photos. Le chat jaune de la vieille massacre un lapin par jeu. Il pleut. Personne ne me téléphone. Je me rase la tête. C’est un dimanche ordinaire.
J'écris pas
Je suis pas poète. Je me méfie. Y a de beaux salauds dans le milieu. Classement national et tout le tralala. Pas de ça entre nous. Je t’ai dit. Et passer derrière. Jorge. Victor. Non. Anarco-génie. Tu te souviens toi. Comme on se battait. Comme on se tirait. Genre sales héros. Comme des écorchés. Avec la fougue d’un cheval mort. J’étais jeune. Mais maintenant j’ai 16 ans. J’ai mille ans. Et je connais la haine des anniversaires. C’est fini tout ça. J’ai rangé ma crête à l’intérieur. Et puis j’ai même pas de chien. Gueuler c’est fatiguant. On s’entend pas. Tu vois. La bière réchauffe. Le café refroidit. Au choix. Les temps sont mûrs. La posture prudente ou lâche. Je sais pas. La relève tarde. Tant pis. Le jour est trop court pour dormir la nuit. Mais je vais quand même aller me coucher.
J’écris pas. Mais si un jour je le fais. J’espère que je le saurai.
( A un petit gars...)
J'écris pas
J’en ai marre. Je prends l’air. J’en ai marre. Les images. Toujours. Les mêmes schémas. Les modèles toxiques. La stratégie du choc. Le bruit trop bruyant. Le silence trop silencieux. Les poumons qui sentent pas bon. Faut ralentir qu’ ils disent. Faut s’approprier les objets technologiques. T’as raison ouais. Moi aussi je vais tout quitter. Moi aussi je vais faire bûcheron. C’est tendance. Avec une grosse barbe. Si possible. Pas beaucoup de mots. Mais un corps. Lié à la forêt. Ca veut dire. Déboîter mon tiroir à culottes. Chercher des souvenirs entre mes cuisses. Mes règles naturelles. Et le sapin de Noël . Pulsionnelle. Extrême. N’importe quoi. C’est pour ça. J’écris pas . Je cherche une zone possible. Dans le flou. Comme tout le monde. Dans ce truc un peu pourri qui coule. Dans les saignées des murs. Dans les poumons ça sent pas bon. Alors je prends l’air .Enfin j’essaie. Mais dehors le vent est acide. Hyper acide. Depuis quelques temps.
J'écris pas
Je regarde la nuit. Les néons bleus de la station-service. Par ma fenêtre. Je fais pas rien. Je remue le silence. A la station. Y a un mec qui traîne. Sans véhicule. De dos. On dirait qu’il pisse. Là. En pleine rue. Je me fie aux apparences. Peut-être qu’il est bourré. Peut-être que c’est politique. On peut pas savoir avec les apparences. C’est peut-être juste une manière de délester les fardeaux. Quelque part ailleurs. Hors murs. La pisse coule sous les néons bleutés. Elle fait son voyage. Le type regarde ses chaussures. Peut-être qu’il est pas bien. Qu’il est seul. Mais que sa solitude est un blindage. Peut-être qu’il angoisse. Peut-être qu’il pense à sa femme. Celle qui regarde d’autres hommes. Mais c’est pas sûr. Peut-être qu’il comprend rien. A lui. Aux autres. Qu’il rentrera jamais. Que sa tête est encombrée. Que ses placards éclatent. Que sa vaisselle explose. Que ses poubelles sont trop remplies. Et que c’est l’ écho exact du vide. Du grand gouffre humain. Dedans et puis dehors . Comme une déflagration silencieuse. Ou alors peut-être que c’est moi. Dedans et puis dehors. Et qu’y a pas de mec du tout. Mais juste moi. Pour pisser debout en pleine rue. Seule. Dedans et puis dehors. Sous les néons bleus. Avec la station. Les fardeaux. Les poubelles. En regardant la nuit. Par ma fenêtre. Peut-être.
J'écris pas
On n’écrit pas quand on est une petite charogne. On se planque. On se vautre . Mais on n’écrit pas. Inutile. Stupide. Couchée la charogne ! Couchée ! Tout la heurte. Tout la heurte. La petite charogne. Les horizons d’attente. Le système. Le silence. Pas bouger ! Pas parler ! Mère indigne. Et fille indigne. La petite charogne cadastre sa douleur. Cadavre la bouteille. Cherche le bon côté. De la laisse. Tout la pénètre. Par le ventre. Par le dessous. Par derrière. Jamais par la tête. C’est mal foutu quand même. Pas lubrique la petite charogne. Juste un gouffre. Avec un enfant qui hurle dedans. Elle attend l’aurore. Comme un chien malade. Elle est où la beauté hein ? Elle est où la musique ? Il est où le vent ? Au matin. Elle secoue sa peau. La petite charogne. De tous ses petits insectes cannibales. Dans le miroir pas trop magique. Elle se fait belle. Une jolie petite charogne. Elle finit viteuf le poème. Et range tout comme il faut. Dans les placards. Un peu de dignité. Merde. Au moins jusqu’à demain.
J'écris pas
Pas les soirs de fête. Et là c’est fête. Nationale. Une fierté dans l’air. Rassemblement intergénérationnel. Ca grouille. La harde. C’est pas du mépris de ma part. Juste un malaise. Les garçons ont prévu les pulls pastels. Et ça fourmille sévère sous les robes. Ca sort des pas de danse. Et de la joie un peu agressive. Une mère cherche sa gosse. On l’appelle à la sono. Rose. Des fois que. Mais ça envoie au bar. L’allégresse qui fleure la pisse. C’est pas du mépris de ma part. Juste de l’inadéquation. Bientôt ce sera 3000 tronches levées vers le ciel. De l’artifice. De la lumière mais factice. La mère cherche toujours. Rose. Deux sexagénaires se roulent une pelle au bal. Un vieux vérolé me mate un peu. J’ai pas la tronche qu’il faut. Ni le style qui va. Ben alors tu danses pas ? Ben non je danse pas. J’angoisse. Moi ce que je voudrais maintenant. C’est qu’une pluie un peu violente s’abatte là-dessus . D’un coup. Fatal. Que l’absurde retrouve la couleur de l’absurde. Et nos gueules aussi. Dans les cendres. C’est pas du mépris de ma part. Juste de l’incompréhension. A minuit. Tout le monde se tire. La mère cherche encore. Dans la cohue. Rose. Sauf que maintenant. Elle pleure.
J'aime pas le 14 juillet.
J'écris pas
Je marche sous la pluie. Je préfère. Tout paraît un peu con quand j’écris. C’est pas grave au fond. J’achète du thé. Une blinde la plante. Pour la petite défonce journalière. Pour l’addiction. Et une bouteille de blanc. Mais juste pour ce soir. Une putain d’horloge aussi. Et son putain de bruit. Moi qui pensais biaiser le temps. L’orgueil du hors système. Mais non. C’est pas grave au fond. Après je me colle un peu aux vitrines. Comme tout le monde. Quand ça dégueule trop du ciel. Avec ma tête tondue. Dans le reflet. J’ai l’air malade. Je ressemble à du plastique. C’est pas grave au fond. J’achète des sous-vêtements qui m’affolent moi-même. Je parle un peu solitude avec un scieur de plinthes. Je vais chez le serrurier pour refaire ma nouvelle clé. En double. Au cas où. Moi et ma tendance à perdre les choses. Le type pratique l’humour au second degré mais ne m’offre pas de porte-clé pour autant. C’est pas grave au fond. Et puis je rentre juste après la pluie. Il est tard mais la nuit ne tombe pas tout de suite en mai. C’est pas grave au fond. J’ai faim. Je mange. Avec un mur. Avec ma putain d’horloge. Avec ma bouteille. Et avec la pluie qui revient.
J'écris pas
Faut que je mange. Que je boive. Faut bien. Faut
vivre. Faut que je m’arrête un moment. Le monde. Les gens. Je regarde.
J’ingère. Le monde. Les yeux des gens.
Les gens qui se matent. Les miroirs. Je regarde les gens qui se matent
dans les miroirs avec leurs yeux. L’ego. L’égo qui se mate dans le miroir. J’avale
l’ego des yeux des gens du monde dans le miroir. Faut que j’avale les miroirs. La
pisse qui flotte dans les violons. Les mots et l’ego. Les mots c’est toujours
un peu merdique. Les gens et la merde qui flotte. L’entonnoir dans la gorge. J’ingurgite
la merde dans l’entonnoir de la gorge. Un
viol à l’entonnoir. Un viol au violon. C’est violent. T’as vu les jolis mots.
Ca remplit peut-être. Ca occupe les miroirs. Les jolis mots dans les yeux en
attendant la fin. La fin de l’entonnoir. La fin de la pisse. De la merde. La
fin des yeux. Des gens. Du monde. La fin.
Pas possible. Je vis sur un chantier. Un bordel sans nom. Même pas un nom de travail. Un merveilleux foutoir. Genre réactionnaire. Tu saurais pas où mettre un pied. Ca tremble. Une gelée mentale qui tremble. A l’anglaise. Des collants sur la tête. Je bâche des trucs. Et je débâche d’autres trucs. Je m’allonge sur des trottoirs. Au musée. Ou chez les voisins en robe bleu Andersen . Je shoote le ciel depuis le bitume. Qu’est-ce que tu fous ? me demande ma mère qui a la passion du ménage . A quoi tu joues ? Question essentielle. Je vais chercher si tu veux. Sous les décombres. Dans mon ventre. Dans l’eau qui croupit. Dans le pétrole. De nuit. Y a des cadavres épouvantables. Ils remontent parfois. Ils sont tout gonflés les cadavres . Mais pas bavards. Sinon y a pas grand monde qui passe. C’est pas trop pour les enfants. Ni pour personne d’ailleurs. Faut être vacciné. C’est paumé. Hors zone. Sans balises. Alors je sais pas. Ah si. Y a un poète courtois. Il a trouvé un sentier détourné. Il vient traîner parfois. Avec ses ambiances. Et j’aime bien. Juste.
Je dis rien. J’écris pas. Je prends mes leçons.
J'écris pas
Pas possible. Je vis sur un chantier. Un bordel sans nom. Même pas un nom de travail. Un merveilleux foutoir. Genre réactionnaire. Tu saurais pas où mettre un pied. Ca tremble. Une gelée mentale qui tremble. A l’anglaise. Des collants sur la tête. Je bâche des trucs. Et je débâche d’autres trucs. Je m’allonge sur des trottoirs. Au musée. Ou chez les voisins en robe bleu Andersen . Je shoote le ciel depuis le bitume. Qu’est-ce que tu fous ? me demande ma mère qui a la passion du ménage . A quoi tu joues ? Question essentielle. Je vais chercher si tu veux. Sous les décombres. Dans mon ventre. Dans l’eau qui croupit. Dans le pétrole. De nuit. Y a des cadavres épouvantables. Ils remontent parfois. Ils sont tout gonflés les cadavres . Mais pas bavards. Sinon y a pas grand monde qui passe. C’est pas trop pour les enfants. Ni pour personne d’ailleurs. Faut être vacciné. C’est paumé. Hors zone. Sans balises. Alors je sais pas. Ah si. Y a un poète courtois. Il a trouvé un sentier détourné. Il vient traîner parfois. Avec ses ambiances. Et j’aime bien. Juste.
J'écris pas
Je laisse les mots pourrir. Je les écris pas.
Et j’autorise même mes idées à crever. Peut-être parce que j’aime l’abandon.
Peut-être par goût du délabrement. Les hôpitaux désertés surtout. Les vieux
hangars. Comme une pulsion primitive. Sans agressivité. Et puis y a la volatilité du
moment aussi. L’éphémère. Rien d’autre qu’un grand brasier. Tout dépend d’où on
se place. Et de l’humeur. Je pourrais tout foutre au feu. Même avant de l’avoir
écrit. D’ailleurs je l’ai déjà fait. Je m’en défais des mots. Je vis pour les
actes. Brûle-toi les pieds dans la
neige. Ca fait mal. D’accord. Mais c’est
ça la réalité du corps. C’est ma faille. Les mots s’ inscrivent pas vraiment
dans le temps. C’est de la dimension parallèle. T’écris mais tu le vis pas. Tu le
vis mais c’est déjà fini. Tu vois, c’est le paradoxe de l’instant. Là / pas là.
Là /plus là. Tralala. Des fois c’est marrant. D’autres fois ça m’assassine.
Simplement.
J'écris pas
Je dors pas. J'écris pas et je dors pas.Tapage nocturne interne.Quelque part ça crie qu'il faut dormir. Même un chat sur la
fenêtre avec sa voix le dit. Son ombre aussi. Mais non. J'aligne des points
verts dans l'espace. Des points d'existence. Ou plutôt un seul
point vert mais exponentiel.
Je ferme les yeux. Des fois je fais ça. Quand je suis seule. Je ferme les yeux. Je me visualise de l’extérieur. Une décorporation . Il paraît. Dedans dehors. En exosquelette. Je me vois assise. Et je ferme les yeux. Il faut que je me situe dans la pièce. Avec cette caractéristique de fille. Que je sais pas m’orienter. Quand je ferme les yeux. La bascule est possible. Tout est possible. La tête vers le magma de la terre. Pourquoi pas. Laisser tout couler de l’intérieur. Inverser les fluides. Garde-fous de la cervelle. Laisser se faire la rétroversion du bassin. De l’utérus. Est-ce que je sais moi ? Ca se joue sur le plan sagittal. Dans la kinesphère. Et travelling avant. Je traverse d’un coup les murs. La maison. La ville. Où je suis. J’en sais rien. Un point. Dans le pays. Dans l’espace. C’est cosmique. Ou c’est rien. Je me dis. Je suis ce rien. Et écrire le rien. Ben ça sert à rien. Hein ?
On m'a vidée. Façon momie. On m'a sorti les intestins. Mais
maintenant je voudrais qu'on s'occupe de ma tête. Qu'on m'en sépare juste un
moment. Parce que je me crée de l'espoir avec mes points dans le noir. Je rêve
d'un violoncelle. D'un chantier lyrique. D'une steppe sans horizon. Je rêve
d'abattre mes murs avec un gros marteau. Sauf que
dans la réalité je suis pas manuelle.
Dors dors dors je me dis. Mais non. Je m'auto-entretiens. Je
m'injecte moi-même des ondes. Et ce point vert qui veut rien dire.
J'extra-systole entre légers électrochocs et utopie. Ah l'utopie...Dors.
Demain est un nouveau jour. Demain. Demain je débâche un atelier. Demain je débâche de
l'humanité. Demain je débâche ma tronche. Et ça mon ami...Ca s'appelle la redescente.
J'écris pas
Je ferme les yeux. Des fois je fais ça. Quand je suis seule. Je ferme les yeux. Je me visualise de l’extérieur. Une décorporation . Il paraît. Dedans dehors. En exosquelette. Je me vois assise. Et je ferme les yeux. Il faut que je me situe dans la pièce. Avec cette caractéristique de fille. Que je sais pas m’orienter. Quand je ferme les yeux. La bascule est possible. Tout est possible. La tête vers le magma de la terre. Pourquoi pas. Laisser tout couler de l’intérieur. Inverser les fluides. Garde-fous de la cervelle. Laisser se faire la rétroversion du bassin. De l’utérus. Est-ce que je sais moi ? Ca se joue sur le plan sagittal. Dans la kinesphère. Et travelling avant. Je traverse d’un coup les murs. La maison. La ville. Où je suis. J’en sais rien. Un point. Dans le pays. Dans l’espace. C’est cosmique. Ou c’est rien. Je me dis. Je suis ce rien. Et écrire le rien. Ben ça sert à rien. Hein ?
J'écris pas
Je suis fâchée avec les mots. Alors j’écris plus. Je parle
plus non plus d’ailleurs.
J’apprends
le corps
y a plus que ça
sa douleur concentrique
au matin
logée dans mon œil gauche
et ça c'est réel
c'est un beau dimanche.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire