samedi 6 octobre 2018

Nuages posés sur le vide


C'est samedi
Ça semble être un bon jour pour commencer à écrire un roman
Et bizarrement ça n'arrive jamais
Car je me rue en librairie et en arrive toujours au même constat
L'enfance pourrie, le viol, l'inceste et la dépression
Fuck c'est déjà pris


C'est dimanche
L industrie du porn te donne envie de jouir dans des inconnus
Dans ta psy
Dans le ou la première venue
C'est normal
C'est banal
C'est la tendance du siècle

C'est lundi
Procrastination et surconsommation boivent des coups en terrasse
Ils rient avec leurs voisins
Ca ressemble à de la joie
Personne ne le dit
Mais en vrai tout le monde trouve que le goût de la bière est bizarre
Que le ciel manque vraiment d'oiseaux
Que l'éphémère est en passe de devenir une maladie chronique

Je dis ça parce que je fais partie de ceux qui doutent
Ceux sur qui les choses ne glissent pas suffisamment
Ceux qui ont peur et que les arbres rassurent
par leur constance

Donnez-moi 3 chèvres et une cabane dans les bois
Je l'écrirai votre bouquin promis

Dégueulasse le thé dans l'avion
Tristounet le ciel à l'aéroport
Pas grave
Après tout
J'ai un faible pour l'art brut
Et surtout pour ces nuages posés sur le vide
Tu publies des livres donc tu existes
Tu en édites donc tu existes
Tu vis dans le passé et tu te dis que tu as existé
Tu souffres donc tu existes
Tu te venges donc tu existes
Tu fais un enfant donc tu existes
Tu séduis donc tu existes
Tu sens que tu as un certain pouvoir donc tu existes
Tu cultives une folie très légère donc tu existes
Tu bois trop donc tu oublies que tu existes
Tu es élu délégué de ta classe donc tu existes
Tu jouis donc tu existes
Tu votes donc tu existes
Tu ne votes plus donc tu existes
Tu as une voiture très voyante donc tu existes
Tu médites donc tu existes
Tu cours des marathons donc tu existes
Tu existes sur les réseaux sociaux donc tu existes
Tu réponds aux codes des genres donc tu existes
Tu détestes les codes des genres donc tu existes
Tu portes un masque donc tu peux exister
Tu pries
Tu crois
Tu répètes des choses en boucle
Tu relis Descartes
Et c'était pas obligé

lundi 24 septembre 2018

Rémi, 14 ans. Sa mère est morte il y a 5 ans. Depuis son père est en dépression. Rémi vend du shit au collège et n'aime pas trop ma séquence sur l'autobiographie.

Marcelle, 83 ans, éjectée sur un chantier à coup d'élévateur, elle s'en sort pas trop mal. Trois côtes cassées et un traumatisme crânien. Qu'est-ce qu'elle foutait là? On sait pas.

Jade, 11 ans, envoyée en internat à l'autre bout du département parce qu'elle comprend pas grand-chose à ce que l'école essaie de lui refourguer. Elle s'est quand même mise à pleurer entre deux " allez vous faire foutre".

Baptiste, 16 ans, sa mère est à l'hôpital et son père a été muté il y a 5 ans. Jamais revenu. Il attend d'être placé.

Y a des soirs comme ça, je suis un peu fatiguée.

dimanche 9 septembre 2018

Marie-Rose (encore)


C'est décidé
Je ne veux plus être un animal sauvage
C' est ce que j'ai annoncé à Marie-Rose hier
En m'asseyant dans son canapé fleuri
C'est drôle comme entrée en matière elle m'a dit
Mais en fait elle n'a pas ri
Parce que j'ai 40 ans
Parce qu'elle en a 70
Et qu'elle en connaît un rayon sur les paradoxes et l'amour
Et la mélancolie
Elle en connaît un rayon sur la poésie aussi
Ce don qu'a l'écriture parfois d'entretenir la tristesse comme un vice
De caresser la petite charogne qui loge au fond du ventre
Le sale petit engrenage des paysages pluvieux
C'est vrai c'est un peu facile au fond
D'ailleurs je n'écris plus et pour cause
Y a d'autres chemins qu'elle dit Marie-Rose
Y a d'autres chemins

Quelque part je m'en fous qu'elle soit psy
Je m'en fous de sa bibliothèque
De sa médecine
J'ai plutôt besoin de ses yeux
De ses cheveux blancs
De la gravité de sa voix
Qui ne dit presque rien
De cette intelligence du silence
De cette grandeur des êtres libres
À côté desquels on se sent tout de suite un peu mieux
Surtout un vendredi soir de septembre
Dans le soleil de cette terrasse de bistrot
Marie-Rose elle a les canapés fleuris
Des fleurs dans les cheveux
Et c'est ma psy

jeudi 23 août 2018

Merde, lui, c'est pas le genre à décliner à la première absence. Et pourtant Monsieur roots in the green déprime. Monsieur rien à faire ou presque n'a pas pas le teint frais. Petite mine. Les bras qui traînent. Bon. Moi qui croyais que mon amour immodéré des grands espaces sauvages, des forces telluriques, des arbres en contre-jour et de l'océan lui suffirait. Faux. Bim. Et oui. Pas facile les êtres qui ne parlent pas. Pas simple le silence avec ceux que la psycho-psychana-psychiatrie ne concerne pas. Ceux qui ne parlent pas, ne pleurent pas, n'écrivent pas, ne dansent pas, ne se plaignent pas. Ceux qui n'ont pas de subconscient à se faire fouiller. Encore que. On ne sait pas tout. Et même parfois on ne sait rien. Alors peut-être juste laisser faire le décor, la contigüité des petites choses qu'on voit pas, l'angle du regard, le hasard si ça se trouve.

21 août. J'ai fait le grand ménage de printemps, j'ai déposé pas mal de choses à la déchetterie, débarrassé le plancher. J'ai ouvert la fenêtre côté sud-sud-est, c'est-à-dire côté soleil du matin.
Depuis on dirait qu'il va mieux. Depuis on dirait que je vais mieux.

Demain j'ai 40 ans, c'est la première et la dernière fois
et Monsieur Yucca n'a pas dit son dernier mot.

mardi 31 juillet 2018

Ginette la grenouille est morte hier soir
Un coup sur le crâne a suffi
C'etait une soirée d'été on ne peut plus paisible
Et Ginette avait tenté sa première piste noire entre les petits rochers blancs
A l'heure où les rayons obliquent
Un moment parfait
Une vraie carte postale
A l'extrémité d'un lac déserté par les humains
Mais parfois il suffit d'un
Il se trouve que cet un était mon fils
Ça aurait pu être un autre
Ou une bête sauvage
Ça ne change rien

On n' est pas beaux Ginette
On n'est pas très classe
On tourne en boucle dans nos pulsions primitives
On se conduit comme des manches
On ne contemple jamais les choses assez longtemps
On fait des choix malheureux

Ginette reine parmi les reines
Princesse des ancolies

J'entends déjà les " Pas grave Ginette, t'en verras d'autres"
Mais ce coup-ci non
Y en aura pas d'autres

C'est quand même un peu dingue de se dire qu' avec un seul caillou on peut indifféremment
devenir batricide ou juste joliment réinventer le présent
Avec pour seules variables le jour, l'heure et l'angle de la lumière.

samedi 7 juillet 2018

Des fois je me demande
Moi qui cours à une vitesse vertigineuse vers mes 40
Ce que je foutais quand j'avais 20 piges
De mes vacances sans perspective, sans horizon d'attente
Tout ce qui rendait la vie trop rapide
Tout ce qui me portait
Tout ce qui me rendait amoureuse
Les bleus aux genoux

C'était joli
C'était ça la vraie poésie
Rien à foutre de la météo
Rien à foutre d'avoir l'air d'une femme
Rien à foutre des nuits blanches
Ce que je faisais de mes soirées solo aussi
En fait j'en n'avais pas
Je me demande ce qu'il reste aujourd'hui de tout ça
Mais au fond je sais

La lumière
Et le carburant du vent

lundi 25 juin 2018

Une mouche a élu domicile dans mon lit ( c'est drôle)

Demain je me remettrai à la course à pied pour la 4e fois ( c'est drôle)
Le trou au genou de mon jean s'agrandit à chaque fois que je mets le pied dedans ( c'est drôle)
J'ai 39 ans et la maturité émotionnelle d'une enfant ( c'est drôle)
Il me reste 3 points sur mon permis ( c'est drôle)
J'ai retrouvé mon diplôme de secouriste ( c'est drôle)
Mes voisins sont facho ( c'est pas drôle)
Mon chat n'aime que les humains ( c'est drôle)
La poésie j'en ai rien à foutre ( c'est drôle)
On est dimanche 24 juin ( c'est drôle)
La température est de 26 degrés ( c'est drôle)
J'ai fini la bouteille de Chardonnay ( c'est drôle)


Dans certaines pathologies
Le bonheur est un truc à muscler
C' est vrai
Faut que j'apprenne à relativiser
Je n 'ai pas de maladie mentale
Je ne suis pas tétraplégique
J'ai un travail
Un enfant étonnant
Un fiancé incroyable
Aucune bombe ne me tombe sur la gueule
Je n'ai pas connu la guerre
J'ai accouché sous péridurale
Il fait beau
Je rentre à nouveau dans mon 36-38
Mon basilic a ressuscité
J'ai une bouteille de chardonnay au frigo
Faut pas que je me plaigne
Faut relativiser
Mais tout de même
On est samedi soir
Et je suis allongée sur mon canapé
Devant un reportage animalier
Expliquant la reproduction du tatou tronqué

mardi 5 juin 2018

Mon fils c’est un peu moi
mais en mieux
c’est ce que je me suis dit ce matin
quand il m’a pris la main avant de partir à l’autre bout du monde
(bon d’accord les Pyrénées)
je crois qu’il voulait me dire
que le courage c’est un truc à muscler
je crois qu’il voulait que je comprenne
que les choses ont la valeur qu’on veut bien leur accorder
alors il a respiré un grand coup
comme on fait le soir quand il est angoissé
il est monté dans le bus sans trop me dire au revoir
et de la fenêtre du bus
il m’a fait un signe qui ressemblait à
non non tu vas pas pleurer
j’ai des poils aux jambes regarde
je sais couper ma viande même quand elle est vachement dure
j’ai les épaules maman
fais-moi confiance bordel
écris des poèmes
vis ta vie
moi je vais éprouver la mienne
et je vais le faire tout de suite
je vais pas attendre d’avoir 30 piges comme toi
j’ai compris que c’était urgent
et puis dans 5 jours je suis de retour
avec des bleus aux genoux
et du carburant pour le futur
ça va être bien
après il a fait un autre signe qui ressemblait à
salut maman
ça m’a fait sourire
et aussi pleurer je vais pas mentir
parce que des fois
c’est pas si simple
d’être à la fois la mère et l’enfant

dimanche 3 juin 2018

Je sais pas trop comment le dire autrement
Depuis quelques jours Ernestine se lèche le cul jour et nuit
Comme une damnée
J'ai d'abord cru à un hobbie d'été
Mais non
Alors ce matin je l'ai attirée vicieusement dans sa cage avec du gourmet au lapin
Et je l'ai embarquée malgré ses feulements haineux chez le vétérinaire
-Elle s'appelle Ernestine mais j'aurais dû l'appeler Satan je me suis dit sur le trajet-
Qu' est-ce qu' elle a votre chatte
Me demande la secrétaire
Je lui réponds qu'elle se lèche l'anus avec beaucoup trop d'ardeur
Et qu'il est rouge vif à force
Ah je vois
(Elle voit)
Alors elle note dans l'agenda
Se-lèche-l'anus +++
Si vous voulez bien patienter
Oui je veux bien patienter
Carrément
Ma chatte a le cul en feu
Et puis elle commence à pogoter dans sa boîte

Depuis la salle d'attente on entend dehors une voix qui gueule
" j'en ai rien à foutre de tes hamsters Rachid"*

Bon bon bon

Le docteur plein d'entrain débarque
(Doux jeune beau dynamique et amoureux des animaux)
Alors alors? Qu'est-ce qu'on a?
(Nom de dieu)
Ma chatte se lèche l'anus
Rien d'autre?
( Nom de dieu )
Je ne crois pas
Montrez-moi ça
( Nom de dieu)

Mais il ouvre simplement la cage
(Doux jeune beau dynamique et amoureux des animaux)

Satan prostrée
les pupilles dilatées
Lui crache à la gueule
Ce qui sonne à peu près comme
Ta mère suce des queues en enfer

Bon bon bon
(A suivre)

mercredi 16 mai 2018

Ce matin en partant bosser
Dans le brouillard de ce mois de mai dégueulasse
Je me suis demandé ce que je ferais
Si jamais le soleil ne revenait pas
Si les journées continuaient à s'empiler dans le gris comme des parpaings
Comme un hiver sans fond
Parce que tu vois
Quand on vit où je vis
Quand on voit ce que je vois tous les jours au bout de la route qui m emmène au travail
Il en faut peu pour que la mort vienne se caler tranquille côté passager
Genre déesse autostoppeuse
Genre salope même pas sexy
Je le sais
Je l'ai déjà vue
Alors je me suis dit ma vieille
Trouve un plan B
La créativité c'est de la survie
Pas de la vengeance non
Juste une alternative à la mélancolie stérile de nos enfances un peu trouées
Un moyen d'ancrer nos pieds quelque part
Trouver des prises dans la paroi
Je me suis dit ça
Et j' ai posé un plan d'attaque monstrueux
Comme une princesse Viking sans cheveux
Comme une sacro-sainte guerrière illuminée
Je suis rentrée chez moi
Je me suis foutue dans le canapé
Et j'ai fini le bourgogne à la bouteille
En riant très fort
Et voilà

mardi 15 mai 2018

Porte 34


Terminal D. 14 degrés. Météo quasi merdique. La fille pleure. Ou alors c'est le reflet des flaques dans ses lunettes. On sait pas. La pluie lui fait mal aux yeux. C'est pas sa faute. Et en même temps si. Se tirer en Argentine ou pas. C'est pas vraiment la question. Si elle ne fait pas les choses maintenant elle ne les fera jamais. Il paraît.
Coup de feu au petit café du coin
 

Les gens se marrent
Ils trimballent leurs petites soucoupes non volantes en guise de cendrier
Ils pissent gaiement dans les fleurs avec la bénédiction de la direction
Opéra bulgare
Rayon bleu
Bim
Comment va Paris ce matin hein?


De l'autre coté le garçon fume sur le béton. Ses stigmates le démangent. Il s'arrache discrètement quelques plumes pour plus de confort. Extravagant. Classe. Les bateaux décollent sous ses yeux. Les avions débarquent au port. La fille n'en revient pas. Ou plutôt si. Elle revient sur ses pas. Bordel de merde. La magie leur colle aux baskets on dirait. Rien ne se divise en fait. Tout se multiplie. Travelling circulaire sans caméra.Terminal D. 14 degrés. Pas si dégueulasse finalement la météo. Quelque part au loin le soleil réapparaît.

De nos jours
Faut juste le savoir
On peut rencarder les anges aux terrasses des bistrots

vendredi 27 avril 2018

Paradoxalement

J'ai élu domicile dans ma valise rose à roulettes un peu moche
Tu sais celle qui ne va avec rien
Et qui me va pourtant hyper bien
Pour courir avec toi sur les ponts en fer
En plein été du printemps
Les trottoirs sont dégueulasses
Véritables chiottes à ciel ouvert
Et paradoxalement les rues nettoient les gens de leurs toxines
C'est l'humain qui fait ça
C'est le vent
C'est ce truc invisible qui frôle les corps
Qui fait que parfois tout est juste beau comme un poème qui rime pas
Et que les chiens s'enculent joyeusement
Et que les filles aux terrasses tombent de leurs chaises avec une certaine élégance
(Bourgogne aidant d'accord)


Non la cuiller dans la bouteille de champagne ça marche pas du tout
Oui les vieux sont cons des fois
Mais je les aime bien moi les vieux
Ils m' émeuvent
Avec leur grâce du décalage
Parce qu'ils savent encore faire pousser les fleurs entre deux murs de béton
Et puis moi aussi un jour je serai vieille
Et je filerai ma valise rose à mon fils
Pour qu'il aille voir ailleurs si je n'y suis pas
Bouffer du soleil s'il en reste encore un peu

16h34
Philippe est encore en terrasse décidément
Il est probablement défracté
Mais il écrit nos deux prénoms à la main
Sur la page 1

Paris jouit
Ou alors c'est nous

Tu sais je suis pas chrétienne ni rien
Mais là je me dis mince
Y a quand même un truc qui nous dépasse
Parce que putain
Aujourd'hui je reviens de la capitale avec du sable entre les seins

samedi 21 avril 2018

J'écris plus. C'est décidé voilà. Il est 14h53. La lumière est terrible. Paris. Plein Paris. J'aurais pas cru. Et pourtant si. Quelque chose nous porte. Quelque chose. J'entends la mer je te jure. Malgré le contre-jour. Peut-être grâce à lui je sais pas. Alors le coma j'arrête. La prison aussi. Ca va bien. Les pantalons sont mal taillés. La bouffe est très moyenne. L' air trop acide. Le soleil pas assez jaune. Je préfère l'inertie fluide. Le bourgogne aligoté. Et puis le vent. Et puis tes dents. A 15 cm. Sans rien faire. Les choses finissent par arriver. Tâcher de ne pas perdre le monde de vue. Et là je n'ai plus besoin de mourir. C'est bien. Aujourd'hui j' ai rencard rue des vivants. Au bord du canal plexus. M'attends pas. Pas la peine. Je suis déjà là.



lundi 2 avril 2018

C' est comme en plein hiver
Sauf qu' on est en plein printemps
À Palavas-les-flots
Un lundi férié
Personne ne se baigne
Personne ne plonge depuis la jetée
Personne ne manifeste
Personne ne se noie
Du moins pas dans l' eau
D'ailleurs il n'y a personne ou presque


Un vieux chien aboie après on sait pas quoi
Un chien charismatique
On dirait qu'il dialogue avec des choses invisibles
Je sors mon appareil mais y a rien à photographier
C'est bien des fois

Je suis des yeux un gros monsieur en rouge
Il marche le long de l'eau
Il a l' air perdu
Il a l'air de chercher quelque chose
Qu'est ce qu'on peut bien chercher sur une plage déserte
Sa jeunesse
Sa mort
Une meuf peut-être
Un coin pour pisser
Mais il s' arrête près d'un pêcheur
Qui fait semblant d attendre que ça morde
Personnellement je n' ai jamais cru que les pêcheurs attendaient vraiment le poisson
Je crois qu' ils sont en quête
Parce que quelque chose de plus profond se joue
Un truc qui se tisse entre le ciel l' eau et leur présence
Les mains dans les poches
Je crois qu' ils attendent
L' alignement des choses
La justesse d'un certain axe
Qui échappe aux profanes de la pêche en mer
Et à beaucoup d'autres en fait

Me vient tout à coup une idée suicidaire
Mettre un pied dans l'eau
Mais finalement non
Je n'ai jamais été suicidaire au fond
Et puis surtout j'ai pas amené de serviette
Il y a des rendez-vous avec soi-même qu' il ne faut pas gâcher

Putain j' ai mal à la tête
J' ai mal aux yeux
J' ai mal aux poumons
Je m'en prends plein la gueule
Je m'en mets plein la gueule
Tu sais pourquoi?
Parce que demain je bosse

Les mouettes planent au-dessus de tout ça
Sans public particulier
Dans l'inconscience totale d'être les vraies stars de la journée
Elles en ont vu d'autres
À 17h07 tout le monde se tire
Trop froid
Sur la plage de Palavas-les-flots
Parkings vides
Rues désertes
Plus aucun humain dans le paysage

Voilà
C'est maintenant que tout commence
et j'aime bien cette idée

samedi 17 mars 2018

Je croyais que c'était le printemps et puis en fait non


Toi t'es pas urbaine comme fille
C'est ce que m'avait dit Isabelle au lycée
Je me souviens je l'avais mal pris
Mais elle avait un peu raison
Isabelle tous les mecs la reluquaient
Elle déambulait dans Paris comme une putain de déesse
Pas jolie
Mais invulnérable
Et ça changeait à peu près tout
Elle connaissait tous les raccourcis
Elle captait toutes les tangentes
Elle avait tout compris à la vie Isabelle
Moi non
On peut même dire que j'avais compris que dalle
Sauf la transparence d'être
Et la patience peut-être
Tourner 2 heures pour retrouver la bagnole
Attendre 2 heures un rendez-vous à la mauvaise station de métro
Tout ça avec le sourire hein
Je savais faire
Pas urbaine
Pas grand-chose d'ailleurs
Alors un jour je me suis tirée comme ça
J'ai fait mes valises
J'ai fait un enfant
J'ai fait quelques trucs
On ne fait jamais rien dans la vie
En dépit de tout


Ça fait quoi 15 ans maintenant ?
Putain quand même
C'est ce que je me suis dit hier soir en fumant sur mon perron
Dans le clair-obscur des lampadaires
J'ai aperçu mon ombre sur le mur
Du magasin à l'abandon
Près de l'église
Dans la rue déserte
Qui sonne tous les jours comme un dimanche
Pur délire
Il faisait carrément froid
Je croyais que c'était enfin le printemps et puis en fait non
À ce moment là j'ai eu envie d'humains
De chiens énervés
De clochards bourrés
Et puis d'un café avec le petit voisin
Un peu de bruit du monde des vivants
En somme j'en ai conclu que je retournerais bien voir la gueule de la ville un de ces quatre
Ou définitivement qui sait

J'ai aussi appris qu'Isabelle vit seule à la campagne maintenant
Bref la vie quoi

mercredi 14 mars 2018

Emy

Elle a un peu bu ok
Et quand elle boit
Elle dessine des coeurs machinalement sur les sous-bocks
Elle lit des pages à l'envers sans s'en apercevoir
Elle comprend rien
Elle mange sa part de tarte sans broncher
Une façon comme une autre de maintenir son corps au-dessus des vagues
Et quand elle boit
Elle se fait défoncer la gentillesse
Même quand elle ne boit pas d'ailleurs
Elle a l'habitude
Elle a ses schémas
Elle s'en est toujours pris plein la gueule
Et le pire avec les connards
C' est qu'ils traînent toujours quelque chose d'aimable et de chaleureux
Elle le sait pourtant
Elle est hypersensible
C'est presque une insulte à son âge
Alors quand elle boit
Elle se balance des grandes phrases dans la tête
Ça lui agrandit l'horizon
La vérité c'est qu il faut faire avec le boulet ficelé au pied
C'est con
C'est générationnel
Et du coup
Elle a toujours besoin de se brûler les genoux par terre pour sentir qu'elle existe
Chez elle c'est souvent le corps qui parle en premier
Aujourd'hui elle boit
Mais là il fait beau et c'est pas pareil
La ville la transperce
Les passants ont de l'aura
Les chiens des passants ont de l'aura
Ça faisait longtemps
Elle se dit que demain c'est le printemps
Que les lacs pèteront comme des diamants

Vivre comme tout le monde en étant comme personne
En voilà une perspective



                                                               
Dessin de Jerry Blurk

lundi 5 mars 2018

Mon dieu que c' est con les poèmes d'amour


D'abord il en existe déjà 40 millions
Le coup du pecno amoureux (ou de la connasse ça marche aussi) c' est bon on connaît
Voix de fin du monde
Et que je peux pas vivre sans toi
Et que j'ai jamais vécu ça
Et que tu brilles comme une étoile
Mon cul
Hyperbole
Tautologie
Platrée auvergnate et compagnie
Et puis les muses ça chie tout pareil que n'importe qui
T'as qu'à voir les wc des aires d'autoroute
J'en ai fait au moins 400 ces jours derniers
C'est pas glorieux les filles
C'est pas des pétales de roses que tu trouves au fond de la céramique
J'en ai fait au moins 400 ces jours derniers
Reprise de souffle
Raccord maquillage coulé
Entraînement jolis sourires dans la glace
Serum anti-pecno
Je rentrais chez moi
Je rentrais de chez toi
Avec cette constante sublime: la lumière
C'est con les poèmes d'amour
On l'a déjà fait cent fois
D'ailleurs je t'en écrirai pas
On ne mutile pas les oiseaux
On n'assassine pas le soleil
On ne capture pas le vent
En revanche on mange des framboises en hiver
Ça oui

vendredi 23 février 2018



Photo: Lili Frikh

C' est une journée à faire des photos
C' est une journée à se raser la tête
C' est une journée à regarder passer les chiens
C' est une journée à réunir les chaussettes solo
C' est une journée à aller voir la gueule de l'océan
C' est une journée riff guitare en barrés
C' est une journée strato-cumulo-nimbus
C' est une journée allô maman ça va ta tension?
C' est une journée à se dessiner des trucs sur la peau
Journée benne à ordures
Parkings déserts
Pétage de pendules
Journée cendrier dégueulasse
Journée épilation et ravalement de façade
Journée sans contrainte et sans choix non plus
Journée à compter les jours
C' est une journée à réparer les volets
À cartographier d'autres itinéraires
À baliser et débaliser les chemins
Une journée à retourner la terre
Une journée à pisser loin dans l'eau
Une journée tiens et si je me mettais à la sculpture sur glaise
C' est une journée à baiser ceux que nous aimons
Bref c'est dimanche mais il fait beau

vendredi 2 février 2018

M'sieurs dames, bonjour, je m'excuse de vous importuner comme on dit, je m'appelle Wenceslas, j'ai 41 ans et si je suis dans le métro c'est que j'ai perdu mon travail et que je dors dehors. Ca devient pas facile de manger c'est vrai, mais je viens pas vraiment pour faire la manche. Je sais pas lancer des appels au secours. Je viens côtoyer des gens juste. Croiser des visages. Si c'est pas légal, dites-moi. Je veux pas déranger. Et puis ça me fait plaisir de parler avec vous. Là je me sens pas très bien, comme dans une grande bassine d'eau qui m' attire vers le fond. Un poisson ferré. Mais je souris. Je veux pas arrêter de sourire. Ça veut dire quelque chose. Ça veut dire que le navire a pas encore complètement sombré. Je dis ça parce que j'étais dans la marine quand j'étais jeune. J'étais élégant. Une certaine classe. Là je me sens pas très bien. J'ai peur. Une grande bassine. Et puis faut pas trop que je reste dans la même position. A cause de mon épilepsie. Mes crises. Ca me prend des fois. Et j'ai mal.
Je sais pas vraiment pourquoi je suis là. Personne ne sait. Y a pas de réponse. Plutôt des non-réponses. Une absence. C'est ce que je ressens. C' est ça le pire, tu peux tout perdre en fait. Les trucs matériels et puis aussi les photos de tes enfants. Ce qui revient à perdre tes enfants. Et puis tes cheveux. Tes dents. Et y a pas de réponse.
Qu'est-ce que je faisais avant d'être là? J' étais chez moi avec ma famille. Je vivais là. Normal. Repas de Noël. Réveilllon. Tout ça quoi. En général le 31 à minuit tout le monde crie dans les rues. Les gens sont contents. Mais moi maintenant à minuit c' est plié. Et à minuit deux ben je suis toujours dans la même merde. Voilà.
Je viens pas vous réclamer d' argent.C'est juste que j'ai passé une sale nuit. Des gamins m' ont foutu des coups de pied. Je crois qu'ils étaient ivres ou juste pas bien élevés. J'ai encore la faculté de voir arriver les gens. J'arrive encore à me méfier si c'est nécessaire. Exterminer le clochard qu'ils disaient. Il sert plus à rien le pauvre vieux. Parce qu'il faut servir à quelque chose tu comprends. A quelqu'un. Pas juste être. Servir. Mais je souris. Je veux pas arrêter de sourire. Ça veut dire que le bateau tient encore un peu le cap.
Des fois je vais près du canal. Juste pour voir les canards.Quand j étais petit je pêchais la nuit avec mon tonton. Ensuite on dormait à la belle. Mais là c' est une autre sorte de sommeil. Tout s éteint. Tout se rallume. Tu rêves pas. T'es juste un fantôme dans l' ombre. Y a des matins je suis prêt à 4h37. Je pars à la recherche de bouffe. D'objets. De bouquins. De trucs pour tenir. Mais y a rien de palpable qui soit source de bonheur. Le bonheur c' est regarder les animaux. Capter leurs émotions. La technologie peut pas faire le taf.
Je viens pas vraiment vous demander de l'argent. Paraît qu'on peut pas : faire la manche c est pas bien, dormir sous les ponts c' est pas bien, voler c' est pas bien, du travail j' en ai pas...bon. Je sais pas trop quoi faire du coup.
Des regrets? Non, je peux pas dire que j' en ai. Juste quelques trous. Quelques douleurs. Le corps tire pour que j'abdique. Et c'est pas vrai que les gens deviennent fous dans la rue. Simplement ils disparaissent.
Faudrait juste, je sais pas moi, que l' humanité redevienne forte, solide, simple, qu' elle retrouve sa voie. Je suis pas philosophe. Je suis un clodo. J' ai les pieds mouillés. J'ai juste envie de parler.
Je suis venu là, je sais pas trop pourquoi. Pétez-moi les doigts que je sente si j'ai encore un corps. Gueulez moi dessus je sais pas. Appelez-moi par mon prénom. Un truc vivant. Un truc pour de vrai. Peut-être que le navire a pas encore complètement sombré. Je souris. Je veux pas arrêter de sourire. Ca veut dire quelque chose. Le monde fait la gueule mais je me dis que c' est pas une raison pour s'aligner.
En vous remerciant m'sieurs dames et en vous souhaitant une belle journée.
( Inspiré du doc " Au bord du monde" de Claus Drexel)

mercredi 24 janvier 2018

Je me lève ou c'est bon? On m'entend quand je dis des trucs ou faut que je prenne le micro? Faut pas hésiter hein. J'ai pas toujours le recul. Ni la vision d'ensemble. Je suis plutôt du genre à faire dans la confidence. A peaufiner le détail tu vois. Les plans des villes je sais pas les lire. Le grand ensemble mondialiste j'y pige rien. Nuits debout. Tu veux savoir si je passe mes nuits debout. Si je domestique des iguanes dans mon appartement.Tu veux savoir si je suis taillée pour le champ de bataille. Ca veut dire si je tiens le coup après l'amour et la clope. Tu voudrais que j'explose ma pendule à coups de marteau. Tu aimerais que les choses merveilleuses sonnent directement à ta porte. Ca arrive parfois. Fabuleux hasards. Sublimes connexions. Les jours rallongent il paraît et pourtant hier la nuit était super noire. Elle balançait ses flèches en mode aléatoire. Aujourd'hui on dirait que le ciel veut faire péter le printemps. C'est un peu tôt dans l'année c'est vrai. Mais moi j'ai besoin de ce genre de réalité très simple pour ne pas tomber. Et comme dirait mon pépé qui ne fera plus jamais la guerre: si tu veux réussir ta photo, faut aller la pécho la lumière.


mercredi 17 janvier 2018

et je déteste le cinéma français

alors voilà
c'est pas compliqué
on est samedi
il est midi
midi vingt peut-être
un type sonne à ma porte
(personne ne sonne jamais à ma porte)
petites lunettes carrées
gilet jaune matelassé
badge Laurent/ les briconautes
il veut bien être gentil Laurent/ les briconautes
mais il commence vraiment à en avoir marre
alors il vient me voir en personne
pour m'expliquer les choses
il parle fort Laurent
d'ailleurs je pense qu'il est vener
il a un problème avec mon chat
vous comprenez ma bagnole j'en prends soin
vous comprenez elle m'a coûté 45000
je vais pas m'amuser à la faire repeindre tous les quat' matins
45000
ma bagnole
vous comprenez?
faut que je sois très très compréhensive on dirait
seulement ladite bagnole est là juste devant
blindée d'autocollants jaune fluo i love Marseille
et j'ai beau être une fille plutôt open
y a des choses que je peux pas comprendre Laurent
tu m'en vois désolée
il me jure qu'il va porter plainte pour défaut d'éducation
il me jure qu'il va déposer toutes les factures devant ma porte
il me jure qu il va crever mon chat
à cause des rayures qu'il fait sur
sa bagnole
à 45000
j'en conclus logiquement qu' Ernestine a entrepris de virer cette déco incompréhensible à grands coups de griffes
bon d'accord elle s'acharne
mais seulement sur ta caisse à 45000 cher Laurent
comment on dit déjà
l' instinct animal c' est ça ?
il est hors de lui maintenant
et moi là tout de suite
j'hésite entre deux fantasmes
lui péter ses lunettes
ou lui caresser la bouche
il manque de tendresse Lolo
il a besoin de câlins
je me demande s'il se touche dans
sa bagnole
à 45000
j' espère qu'il jouit de temps en temps
sur ses sièges en skaï
rentabilisation
justice
mais je doute
parce que le foutre ça tache
surtout quand il est trop amer
il a fini de crier Laurent
il a l'air content
il se casse
et je renonce à lui dire que mon chat est une chatte
j'avoue j' ai un peu peur d'envenimer la situation

samedi 13 janvier 2018

Allez t'inquiète pas. Ben non je m'inquiète pas. C'est gentil. J'ai juste les tripes un peu en vrac. C'est pas grave. J'ai gardé quelques cachetons depuis l'autre fois. Les artistes ça bouffe du médoc il paraît. Y a du bruit dans l'appart d'à côté. Mes voisins de droite kiffent grave l'accordéon. Et les Setters irlandais. Je voudrais écrire vive le feu sur leur paillasson. Euphorie des oiseaux. Puissance des connexions. Un grand cri multiplié par sept milliards. Et j'ai pas un putain de stylo qui marche sous la main. C'est con. Sieste sur le béton. Café Bourbon. Revival. Café-clope. Il neige. C' est vrai. J'ai le corps qui fond. Et je fais même pas exprès. Et puis surtout le soleil de janvier a l'air cohérent. Et c'est pas souvent. C'est même jamais. Alors il se pourrait que de cette défonce-là je ne redescende pas. Et puis si je me goure. Si ce truc sur la peau ne dure pas. Et que l'ombre revient à la vitesse de la lumière. Comme un hiver banal. Comme toujours en fait. Je m' enverrai cette lettre par la poste et conviendrai volontiers que maintenant j'ai l'air bien con. Avec mes deux trous rouges au sourcil droit.