mardi 25 octobre 2016

Lacher prise comme on dit



ca va pas éviter qu’on meure
ça va pas nous guérir du cancer foudroyant des os
ça nous préservera pas des gens toxiques
ni de la joie des idées bien arrêtées
ni de la paranoïa sociale
ça retardera pas la mort du rock
ça fera pas exploser les frontières
ça fera pas sauter les barreaux de la cage
ni accoster les bateaux sur les tarmacs
et ça m'empêchera pas d'employer le verbe enculer
parce que les vierges naissent en colère il paraît
mais je voudrais m’offrir le droit d’avoir l’air con des fois
quand je dors
quand je me saoule
quand je regarde l’orage dans mon lit
quand je chiale au téléphone mon amour
ou quand j’ai pas d’avis sur l’actualité
je voudrais pouvoir balancer mes armes au fond d’une forêt
je voudrais accepter l’idée que oui, la vie nous la met profond de toutes façons
je voudrais que la charogne que je tiens au chaud dans mon ventre me foute la paix
je voudrais m'offrir ça 
lacher prise comme on dit
que je puisse de temps en temps
voire définitivement
faire mon boulot d’humain




merde

mardi 18 octobre 2016

Tout serait parfait


si on était des égoïstes finis
sans bouche à consoler
sans ventre
sans rien à pardonner
si je savais allonger le poing comme la pensée
engager les hanches dans chaque mouvement
et faire monter le coeur comme un organe ordinaire
si on était des barbares assumés
sans trucs à cacher sous d’autres trucs cachés
sans pente à pas remonter
tout serait parfait
pas renifler les exhalaisons de la poitrine
pas chercher les trous du crâne
pas de transfert de l'hémisphère gauche 
si maman savait parler
si papa savait se taire
pas de mauvais usage des codes
pas de clichés à se farcir
type mini-jupe cuir
type chaussures cuir
type langue à lécher les cicatrices
si je n’avais pas un jour dormi dans la bouche d’un homme
si je n’avais pas un jour suivi le dos d’une boxeuse
je serais une fille solide
qui n’aurait rien de spécial à revivre
et tout serait parfait
ou presque


mardi 11 octobre 2016

Ernestine souffre en silence



ça a l’air d’être le titre
d’une chanson écorchée
à la Bertrand
à ses heures de sombre lumière
mais c’est pas ça
c’est pas du tout ça
en fait
c’est juste l’histoire de mon chat
de ma chatte pour être exacte
qu’a encore bouffé un truc qu’il fallait pas
mardi dernier
un truc qu’est resté coincé
dans son intestin
juste au-dessus de l’appendice
encore oui
ouvre-moi le ventre 3 fois et je te dirai
que t’as pas la main
avec les animaux
avec les plantes vertes
avec l’amooour
oui j’ai tendance à extrapoler
ouvre-moi encore les entrailles
je te dirai que tu sais pas y faire
et qu’y a de quoi s’interroger
avec toute la culpabilité dont tu es capable
pas seulement sur ce coup-là
mais de manière générale
sur la part de déterminisme chez les chattes à poil ras de petit gabarit
qui avalent n’importe quoi
ouvre-moi le ventre 3 fois et toi aussi tu auras droit
à ta carte de fidélité
chez le vétérinaire célibataire
à la moustache rousse
et aux dents pourries