dimanche 28 février 2016

J'étais dans...


J'écris pas

Je suis pas poète. Je me méfie. Y a de beaux salauds dans le milieu. Classement national et tout le tralala. Pas de ça entre nous. Je t’ai dit. Et passer derrière. Jorge. Victor. Non. Anarco-génie. Tu te souviens toi. Comme on se battait. Comme on se tirait. Genre sales héros. Comme des écorchés. Avec la fougue d’un cheval mort. J’étais jeune. Mais maintenant j’ai 16 ans. J’ai mille ans. Et je connais la haine des anniversaires. C’est fini tout ça. J’ai rangé ma crête à l’intérieur. Et puis j’ai même pas de chien. Gueuler c’est fatiguant. On s’entend pas. Tu vois. La bière réchauffe. Le café refroidit. Au choix. Les temps sont mûrs. La posture prudente ou lâche. Je sais pas. La relève tarde. Tant pis. Le jour est trop court pour dormir la nuit. Mais je vais quand même aller me coucher.
J’écris pas. Mais si un jour je le fais. J’espère que je le saurai.


( A un petit gars...)

Les poèmes d'amour c'est pas forcément ce qu'on croit

Hier soir
Ma mère m’a demandé pourquoi
Je n’écrivais pas plutôt
des poèmes d’amour
J’ai dit que je savais pas faire
Et que les humains me désolaient un peu
(Pour clore la conversation)
J’ai dit aussi que j’avais pas le temps
Qu’en ce moment j’avais des rendez-vous
Sur des terrains vagues
Dans des zones hydro- industrielles
Au milieu des graviers et des machines à laver de plein air
Les pieds nus
Pour danser- un peu
Avec Carine et Johnny de la Caravane
Stanley-les-yeux-verts  «  9 ans 9 cicatrices »
Les deux petites blondes et leur linge à étendre en mini-jupe
Le ciel métallique
Et François qui trouve que la tête sert qu’à dire des conneries
François qui prévient que ses os sont pénétrants
François qui n’a qu’un œil et
plus tellement de dents
François qui offre à boire
Et qui danse comme un chat qui n’aurait
Que trois vertèbres  (sacrées)
Au centre
De tout ou de rien
On s’en fout finalement
Du moment que tout ça rayonne
Et qu’on s’écorche un peu
Et qu’on va voir ailleurs si on y est
Du moment que quelque chose tient
Comme suspendu
Là...
En fait les humains me désolent  pas toujours
Et les poèmes d’amour c’est pas forcément ce qu’on croit

Mise en voix ( texte de Cédric Bernard)



https://soundcloud.com/une-voix/la-bascule-des-chevaux-2


J'étais dans...



90 ans et demi



Des fois je me demande comment c’est possible
qu’une existence  soit aussi bordélique que la mienne
à en croire mes lignes
comme de vieilles cicatrices superposées
des ersatz de chemins pas finis
un chantier sauvage
je suis pas foutue comme tout le monde
les lignes de vie ou je sais pas quoi
j’en ai beaucoup trop pour une si petite personne
j’aime pas l’ésotérisme
mais quand même je me demande ce que j’ai pu foutre
pour écoper d' autant de stigmates dans les mains
j’ai pas volé
j’ai jamais repris ce que j’avais donné
enfin je crois pas
et puis surtout j’ai jamais juré je le jure
on a beau essayer de lire entre nos lignes
c’est comme  ça la vie   
on comprend rien
ou on comprend trop bien
trop serré
trop plié
trop accroché d’autres lignes
et c’est tout sauf lisse
tout sauf
t’as vu moi aussi j’entretiens sans faire exprès
tout ce mystère de merde
qui fascine et  qui fait fuir
cette beauté hideuse
moi non plus je saurais pas écrire sur pour et par le monde
je m’intéresse qu’ à mes lignes
mes fissures ah ouais 
mais dans mes mains j’ai déjà 90 ans et demi
et je sais pas combien de vies
y en a qu’embrassent pas au premier rendez-vous
y en a qui baisent pas au premier rendez-vous
moi je montre jamais l’intérieur de mes mains
jamais

J'étais dans ...


comme un air de scandale à Berlin


Alors c’est ça . T’aimes pas quand je fais ces trucs avec mon corps.  T’aimes pas quand j’ai l’air de me tordre. Tu dis que t’aimes pas mes penchants.  Que je te fais peur. Qu’y a ce truc agressif et malsain au fond de mon ventre. Que je suis violente. Ca te rappelle mes histoires de tripes. De cordon mal tranché. Mes petites boucheries poétiques. C’est drôle quand même que t’aies pas regardé une seconde autour de toi . Y avait ce type, celui qui veut dessouder la tête des filles mûres pour les visser sur des corps de gamines. Y avait la fille de cabaret à côté, celle qui s’assure qu’on la regarde fort.  Y avait aussi celle venue cracher juste à mes pieds mais sans lever les yeux. Et puis ceux qui sont toujours là quand on les invite pas et ceux qu’on invite mais qui ont des courses à faire. Quelques-uns qui mataient en buvant de la bière qui fait roter et les autres restés chez eux comme un dimanche dominical. Et toi tu t’étonnes que ça penche. Les reflets dans la vitrine. C’est vrai que je la lèche pas comme toi. C’est vrai que j’avais viré mes fringues ce jour-là. C’est vrai que je m’étais tondu la tête à 13mm. C'est vrai que ça avait un peu un air de scandale à Berlin. C’est vrai que j’ai un peu saboté les belles images.  Et c’est vrai que je me sentais vachement humaine.


photos: Corps Métrage

thématique de la joie

j'ai rêvé de lunes perdues rafistolées de chiens de métal de prothèses étoilées de coutures au crâne de grandes mâchoires mécaniques

on chantait dans la nuit aussi

Mise en voix ( texte d'Heptanes Fraxion)






https://soundcloud.com/une-voix/loin-1

Rose-Marie

Dédicace à Monsieur Heptanes Fraxion 


Marie-Rose elle a les cheveux blancs
Et les canapés à fleurs
Quand je viens chez elle
Y a ce truc qui me fait
Soit chialer
Soit respirer
Elle sait ça Marie-Rose
Elle tend des mouchoirs
En cas de nécessité
Marie-Rose elle a la voix maternante
Mais c’est carrément pas ma mère
Parce qu’elle me regarde bien en face
Quand je lui dis des choses importantes
Marie-Rose avec ses 70 ans
elle dit qu’y a pas d’idéal
Et que le couple est un putain de piège
                   -Elle dit pas putain ça c’est moi-
Marie-Rose elle tricote en lisant Kierkegaard
Et elle voudrait bien voir mes textes
Elle dit que la poésie c’est un sacré chemin
Et du carburant
Pour quand je serai toute seule
En hiver
Parce qu’on est toujours fondamentalement seul
Finalement

Marie-Rose elle a les canapés blancs
Des fleurs dans les cheveux
Et c’est ma psy

Mise en voix ( texte de Murièle Modély)

https://soundcloud.com/une-voix/rester-debout-au-milieu-du-trottoir-extraits

Essuie tes larmes

je sais c’est la merde
à ton âge
d’avoir peur de pas se réveiller le matin
à cause d’ une collision entre la terre et un astéroïde géant
et de finir carbonisé
comme un insecte  inutile
je sais
les autres ont pas pigé ce matin
quand tu t’es mis à chialer sans raison
et que tes yeux turquoise se sont répandus sur le carrelage
je sais c’est la merde
de plus dormir comme avant
parce que l’idée de l’existence c’est pas la joie
et ça fracasse un peu le crâne
quand ça débarque
je sais tu l’aimes pas ta gueule d’ange
et ta bouche super bien dessinée
et ce poids que tu peux déjà plus porter
c’est pas toi ptit gars c'est pas ta faute 
c’est la société
je te jure que t’y peux rien
mais tu te sens déjà en taule
je sais c’est la merde
à ton âge
d’avoir une boîte d’atarax dans la poche de survêtement
en cas de crise violente
je sais c’est la merde
tu veux pas être pédé Jean
t’as peur
parce que la honte te ravage
parce que papa maman vont avoir mal
parce que c’est pas c’ qu’était prévu
et aussi
parce que t’auras treize ans
et demi dans trois jours

essuie tes larmes
je sais c’est la merde
mais on se fait à tout dans la vie
à tout

samedi 27 février 2016

Mise en voix ( Rodrigue Lavallé)

https://soundcloud.com/une-voix/d-sormais-1

Je vais où maintenant?



 y a toujours ce moment après l’extase et le ciel violet
 où une grande ligne droite 
 me transbahute en sens inverse
 et contre mon gré vers un truc très très vide
 au début les nuages ont pas l’air très réels c’est clair
 mais je roule et me charge de l’atmosphère t’inquiète
 j'en bouffe des paysages fantastiques
 je rentre pas vraiment chez moi surtout 
 avec  mon phare unique  j’ai pas l’air con tiens
si la lumière baisse elle découpe tout  absolument tout
en deux  tu sais à l’horizontale ouais tu sais
à quel point mon aspirateur dans le coffre
me rappelle que ce bordel après toi
existe bel et bien 

conformément aux apparences

J'écris pas

J’en ai marre. Je prends l’air. J’en ai marre. Les images. Toujours. Les mêmes schémas. Les modèles toxiques. La stratégie du choc. Le bruit trop bruyant. Le silence trop silencieux. Les poumons qui sentent pas bon. Faut ralentir qu’ ils disent. Faut s’approprier les objets technologiques. T’as raison ouais. Moi aussi je vais tout quitter. Moi aussi je vais faire bûcheron. C’est tendance. Avec une grosse barbe. Si possible. Pas beaucoup de mots. Mais un corps. Lié à la forêt. Ca veut dire. Déboîter mon tiroir à culottes. Chercher des souvenirs entre mes cuisses. Mes règles naturelles. Et le sapin de Noël . Pulsionnelle. Extrême. N’importe quoi.  C’est pour ça. J’écris pas . Je cherche une zone possible. Dans le flou. Comme tout le monde. Dans ce truc un peu pourri qui coule. Dans les saignées des murs. Dans les poumons ça sent pas bon. Alors je prends l’air .Enfin j’essaie. Mais dehors le vent est acide. Hyper acide. Depuis quelques temps.

J'écris pas ( 13.11.15)

je m'offre un peu de silence
dans une cage de brume
pour quelques temps

J'écris pas

Je regarde la nuit. Les néons bleus de la station-service. Par ma fenêtre. Je fais pas rien. Je remue le silence. A la station. Y a un mec qui traîne. Sans véhicule. De dos. On dirait qu’il pisse. Là. En pleine rue. Je me fie aux apparences. Peut-être qu’il est bourré. Peut-être que c’est politique. On peut pas savoir avec les apparences. C’est peut-être juste une manière de délester les fardeaux. Quelque part ailleurs. Hors murs. La pisse coule sous les néons bleutés. Elle fait son voyage. Le type regarde ses chaussures. Peut-être qu’il est pas bien. Qu’il est seul. Mais que sa solitude est un blindage.  Peut-être qu’il angoisse. Peut-être qu’il pense à sa femme. Celle qui regarde d’autres hommes. Mais c’est pas sûr. Peut-être qu’il comprend rien. A lui. Aux autres. Qu’il  rentrera jamais. Que sa tête est encombrée. Que ses placards éclatent. Que sa vaisselle explose. Que ses poubelles sont trop remplies. Et que c’est l’ écho exact du vide. Du grand gouffre humain. Dedans et puis dehors . Comme une déflagration silencieuse. Ou alors peut-être que c’est moi. Dedans et puis dehors. Et qu’y a pas de mec du tout. Mais juste moi. Pour pisser debout en pleine rue. Seule. Dedans et puis dehors. Sous les néons bleus. Avec la station. Les fardeaux. Les poubelles. En regardant la nuit. Par ma fenêtre. Peut-être. 



Mise en voix: https://soundcloud.com/une-voix/jecris-pas
Musique: Jim Floyd

J'écris pas

On n’écrit pas quand on est une petite charogne. On se planque. On se vautre . Mais on n’écrit pas. Inutile. Stupide. Couchée la charogne ! Couchée ! Tout la heurte. Tout la heurte. La petite charogne. Les horizons d’attente. Le système. Le silence. Pas bouger ! Pas parler ! Mère indigne. Et fille indigne. La petite charogne cadastre sa douleur. Cadavre la bouteille. Cherche le bon côté. De la laisse. Tout la pénètre. Par le ventre. Par le dessous. Par derrière. Jamais par la tête. C’est mal foutu quand même. Pas lubrique la petite charogne. Juste un gouffre. Avec un enfant  qui hurle dedans. Elle attend l’aurore. Comme un chien malade. Elle est où la beauté hein ? Elle est où la musique ? Il est où le vent ?  Au matin. Elle secoue sa peau. La petite charogne. De tous ses petits insectes cannibales.  Dans le miroir pas trop magique. Elle se fait belle. Une jolie petite charogne. Elle finit viteuf le poème. Et range tout comme il faut. Dans les placards. Un peu de dignité. Merde. Au moins jusqu’à demain.

J'écris pas

Pas les soirs de fête. Et là c’est fête. Nationale. Une fierté dans l’air. Rassemblement intergénérationnel. Ca grouille. La harde. C’est pas du mépris de ma part. Juste un malaise. Les garçons ont prévu les pulls pastels. Et ça fourmille sévère sous les robes. Ca sort des pas de danse. Et de la joie un peu agressive. Une mère cherche sa gosse. On l’appelle à la sono. Rose. Des fois que. Mais ça envoie au bar. L’allégresse qui fleure la pisse. C’est pas du mépris de ma part. Juste de l’inadéquation. Bientôt ce sera 3000 tronches levées vers le ciel. De l’artifice. De la lumière mais factice. La mère cherche toujours. Rose. Deux sexagénaires se roulent une pelle au bal. Un vieux vérolé me mate un peu. J’ai pas la tronche qu’il faut. Ni le style qui va. Ben alors tu danses pas ? Ben non je danse pas. J’angoisse. Moi ce que je voudrais maintenant. C’est qu’une pluie un peu violente s’abatte là-dessus . D’un coup. Fatal. Que l’absurde retrouve la couleur de l’absurde. Et nos gueules aussi. Dans les cendres. C’est pas du mépris de ma part. Juste de l’incompréhension. A minuit. Tout le monde se tire. La mère cherche encore. Dans la cohue. Rose. Sauf que maintenant. Elle pleure.
J'aime pas le 14 juillet.

J'écris pas

Je marche sous la pluie. Je préfère. Tout paraît un peu con quand j’écris. C’est pas grave au fond. J’achète du thé. Une blinde la plante. Pour la petite défonce journalière. Pour l’addiction. Et une bouteille de blanc. Mais juste pour ce soir. Une putain d’horloge aussi. Et son putain de bruit. Moi qui pensais biaiser le temps. L’orgueil du hors système. Mais non. C’est pas grave au fond. Après je me colle un peu aux vitrines. Comme tout le monde. Quand ça dégueule trop du ciel. Avec ma tête tondue. Dans le reflet. J’ai l’air malade. Je ressemble à du plastique. C’est pas grave au fond. J’achète des sous-vêtements qui m’affolent moi-même. Je parle un peu solitude avec un scieur de plinthes. Je vais chez le serrurier pour refaire ma nouvelle clé. En double. Au cas où. Moi et ma tendance à perdre les choses. Le type pratique l’humour au second degré mais ne m’offre pas de porte-clé pour autant. C’est pas grave au fond. Et puis je rentre juste après la pluie. Il est tard mais la nuit ne tombe pas tout de suite en mai. C’est pas grave au fond. J’ai faim. Je mange. Avec un mur. Avec ma putain d’horloge. Avec ma bouteille. Et avec la pluie qui revient.

J'étais dans...



J'écris pas

J’extrasystole. Je peux pas tout faire. Et là c’est le cœur. L’organe. Il fait des trucs pas croyables. Ca s’engueule là-dedans. Ca se tait. C’est hyper cardiaque. Ca gueule encore. C’est la crise. Un jour je suis allée pour ça. J’ai monté des escaliers. Un immeuble bourgeois. Une doctoresse bourgeoise. Même le Holter avait un truc bourgeois. Pourtant. Le cœur c’est pas que. Pourtant. Enfin je sais pas. La nuit j’ai pas dormi. Avec mes électrodes sur les seins. Le ventre. Et dedans ça gueulait encore plus fort et plus long. Y a rien. La sale bourgeoise a dit. Le lendemain. Y a rien. Y a rien. C’était le diagnostic. Y avait rien. Je devais cruellement manquer de.  Il se passait rien. Du tout. Elle a répété avec sa sale bouche. Rien. Vas-y ouais. Arrache. Les artères. Déracine. Pas de soucis. Vide tout. C’est ma condition. C’est ça l’existence. J’ai payé. Un peu cher. Et je suis partie. Comme ça. J’ai descendu les escaliers de l’immeuble plein de docteurs. Et je crois que je coulais un peu de l’organe absurde.  Comme maintenant.

Récidive

Récidive en septembre. Dans l ’aube mouillée. J’ai repris ma bagnole, maquillée pour rien, comme pour être élégante. Avec un vieux reste de révolte dans la coque de ma chaussure  j’ai accéléré comme tous ces cons à l’heure de pointe, vieille nostalgie mais finalement moi aussi je ne suis qu’ une conne pressée. L’œil sur l’horloge putain c’est une véritable crucifixion du temps en direct tout ça pour aller au travail  des bouts d’ entrailles entre les dents  traiter tous les murs et couloirs de bâtards même pas les gens parce que les chefs et les sous-chefs et les sous-sous-chefs sont très respectables . Ne pas être en retard on nous a bien taillés dans le sens inverse de l’existence. Parce que le temps c’est pas ce qu’on croit ça se remplit pas jusqu’à la gorge,  ça se comble pas avec de la merde et un entonnoir. Ca se crame pas pour le plaisir. Des heures sans pisser ni chier. Des animaux mais sans besoins. Je me demande bien qui je suis. Vous verrez ça quand vous serez  morte mademoiselle vous l’aurez le temps.  Oui pardon c’est vrai  je suis ici pour enseigner à celui qui voudra bien l’entendre que plus tard, lui aussi prendra sa bagnole dans l’aube mouillée avec l’horloge, les cons à l’heure de pointe et une occlusion intestinale inopérable tout ça pour aller gagner sa vie. Enfin, la perdre. 


Mise en voix: https://soundcloud.com/une-voix/recidive-en-septembre 

Musique: Nicolas Marchant  


J’écris pas

Faut que je mange. Que je boive. Faut bien. Faut vivre. Faut que je m’arrête un moment. Le monde. Les gens. Je regarde. J’ingère. Le monde. Les yeux des gens.  Les gens qui se matent. Les miroirs. Je regarde les gens qui se matent dans les miroirs avec leurs yeux. L’ego. L’égo qui se mate dans le miroir. J’avale l’ego des yeux des gens du monde dans le miroir. Faut que j’avale les miroirs. La pisse qui flotte dans les violons. Les mots et l’ego. Les mots c’est toujours un peu merdique. Les gens et la merde qui flotte. L’entonnoir dans la gorge. J’ingurgite la merde dans l’entonnoir de la gorge.  Un viol à l’entonnoir. Un viol au violon. C’est violent. T’as vu les jolis mots. Ca remplit peut-être. Ca occupe les miroirs. Les jolis mots dans les yeux en attendant la fin. La fin de l’entonnoir. La fin de la pisse. De la merde. La fin des yeux. Des gens. Du monde. La fin.
Je dis rien. J’écris pas. Je prends mes leçons.

J’écris pas

Pas possible. Je vis sur un chantier. Un bordel  sans nom. Même pas un nom de travail. Un merveilleux foutoir. Genre réactionnaire. Tu saurais pas où mettre un pied. Ca tremble. Une gelée mentale qui tremble. A l’anglaise. Des collants sur la tête. Je bâche des trucs. Et je débâche d’autres trucs. Je m’allonge sur des trottoirs. Au musée. Ou chez les voisins en robe  bleu Andersen . Je shoote le ciel depuis le bitume. Qu’est-ce que tu fous ? me demande ma mère qui a la passion du ménage . A quoi tu joues ? Question essentielle.  Je vais chercher si tu veux. Sous les décombres. Dans mon ventre. Dans l’eau qui croupit. Dans le pétrole. De nuit. Y a des cadavres épouvantables. Ils remontent parfois. Ils sont tout gonflés les cadavres . Mais pas bavards.  Sinon y a pas grand monde qui passe.  C’est pas trop pour les enfants. Ni pour personne d’ailleurs. Faut être vacciné. C’est paumé. Hors zone. Sans balises. Alors je sais pas. Ah si. Y a un poète courtois. Il a trouvé un sentier détourné. Il vient traîner parfois. Avec ses ambiances. Et j’aime bien. Juste.

J’écris pas

Je laisse les mots pourrir. Je les écris pas. Et j’autorise même mes idées à crever. Peut-être parce que j’aime l’abandon. Peut-être par goût du délabrement. Les hôpitaux désertés surtout. Les vieux hangars. Comme une pulsion primitive.  Sans agressivité. Et puis y a la volatilité du moment aussi. L’éphémère. Rien d’autre qu’un grand brasier. Tout dépend d’où on se place. Et de l’humeur. Je pourrais tout foutre au feu. Même avant de l’avoir écrit. D’ailleurs je l’ai déjà fait. Je m’en défais des mots. Je vis pour les actes. Brûle-toi  les pieds dans la neige.  Ca fait mal. D’accord. Mais c’est ça la réalité du corps. C’est ma faille. Les mots s’ inscrivent pas vraiment dans le temps. C’est de la dimension parallèle. T’écris mais tu le vis pas. Tu le vis mais c’est déjà fini. Tu vois, c’est le paradoxe de l’instant. Là / pas là. Là /plus là. Tralala. Des fois c’est marrant. D’autres fois ça m’assassine. Simplement.

J'écris pas

Je dors pas. J'écris pas et je dors pas.Tapage nocturne interne.Quelque part ça crie qu'il faut dormir. Même un chat sur la fenêtre avec sa voix le dit. Son ombre aussi. Mais non. J'aligne des points verts dans l'espace. Des points d'existence. Ou plutôt un seul point vert mais exponentiel.
On m'a vidée. Façon momie. On m'a sorti les intestins. Mais maintenant je voudrais qu'on s'occupe de ma tête. Qu'on m'en sépare juste un moment. Parce que je me crée de l'espoir avec mes points dans le noir. Je rêve d'un violoncelle. D'un chantier lyrique. D'une steppe sans horizon. Je rêve d'abattre mes murs avec un gros marteau. Sauf que dans la réalité je suis pas manuelle.
Dors dors dors je me dis. Mais non. Je m'auto-entretiens. Je m'injecte moi-même des ondes. Et ce point vert qui veut rien dire. J'extra-systole entre légers électrochocs et utopie. Ah l'utopie...Dors. Demain est un nouveau jour. Demain. Demain je débâche un atelier. Demain je débâche de l'humanité. Demain je débâche ma tronche. Et ça mon ami...Ca s'appelle la redescente.

j'écris pas

Je ferme les yeux. Des fois je fais ça. Quand je suis seule. Je ferme les yeux. Je me visualise de l’extérieur. Une décorporation . Il paraît. Dedans dehors. En exosquelette.  Je me vois assise. Et je ferme les yeux.  Il faut que je me situe dans la pièce. Avec cette caractéristique de fille. Que je sais pas m’orienter. Quand je ferme les yeux. La bascule est possible. Tout est possible. La tête vers le magma de la terre. Pourquoi pas. Laisser tout couler de l’intérieur. Inverser les fluides.  Garde-fous de la cervelle. Laisser se faire la rétroversion du bassin. De l’utérus. Est-ce que je sais moi ? Ca se joue sur le plan sagittal. Dans la kinesphère. Et travelling avant. Je traverse d’un coup les murs. La maison. La ville. Où je suis. J’en sais rien. Un point. Dans le pays. Dans l’espace. C’est cosmique. Ou c’est rien. Je me dis. Je suis ce rien. Et écrire le rien.  Ben ça sert à rien. Hein ?



j'écris pas

Je suis fâchée avec les mots. Alors j’écris plus. Je parle plus non plus d’ailleurs.
J’apprends
le corps
y a plus que ça
sa douleur concentrique
au matin
logée dans mon œil gauche
et ça c'est réel
c'est un beau dimanche.

Gelée rouge