je veux dire, les
gens naissent avec des trous dans le ventre. Des trous qu’ils
portent comme des cheveux ou des angiomes invisibles. Des fois
silencieux. Des fois tyranniques. Des trous à la Hitler.
Des trous qui chialent leur mère. Des trous qui veulent être
remplis. C’est nos trous à nous. Nos trous chéris. Nos trous de
merde. Et on finit par
appartenir à nos trous.
D’autres
s’ajoutent après. Alors les trous qu’on est se mettent à courir
les magasins de bouffe, les épiceries, les boutiques d’i-phones.
Les trous boivent beaucoup. Les trous consomment comme des malades
mentaux. Les trous achètent des livres qui parlent de sang et
d’amour in utero. On explique aux trous que c’est bien normal
d’être malheureux et au fond du ah voilà, on rassure les trous à
grands coups de codes, de lois, de réformes pleines d’amitié et
de télé. On cache les trous avec des uniformes et des badges. Les
trous remplissent des autorisations, les trous signent des
formulaires. On leur montre la direction des chemins barbelés. On
vaccine les trous pour qu’ils ne s’infectent pas. On les protège.
Et puis nos trous
rencontrent d’autres trous. Des trous qui baisent d’autres trous.
Des trous qui achètent des terrains et qui bâtissent leurs maisons
sur leurs trous. Leurs gouffres. Ils s’arrachent les ongles, comme
dans les rêves bizarres où on court sur place, où on hurle et que
personne n’ entend et on continue comme ça à porter nos trous
comme des enfants adorés jusqu’à la fin.
Moi aussi je peux
voir les morts et je te jure que c’est pas un don.
Papa m’a dit tu
iras loin ma fille, mais loin c’est flou, loin c’est rien, loin
c’est qu’un trou.
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