mardi 8 août 2017

l’humanité est un trou


je veux dire, les gens naissent avec des trous dans le ventre. Des trous qu’ils portent comme des cheveux ou des angiomes invisibles. Des fois silencieux. Des fois tyranniques. Des trous à la Hitler. Des trous qui chialent leur mère. Des trous qui veulent être remplis. C’est nos trous à nous. Nos trous chéris. Nos trous de merde. Et on finit par appartenir à nos trous.

D’autres s’ajoutent après. Alors les trous qu’on est se mettent à courir les magasins de bouffe, les épiceries, les boutiques d’i-phones. Les trous boivent beaucoup. Les trous consomment comme des malades mentaux. Les trous achètent des livres qui parlent de sang et d’amour in utero. On explique aux trous que c’est bien normal d’être malheureux et au fond du ah voilà, on rassure les trous à grands coups de codes, de lois, de réformes pleines d’amitié et de télé. On cache les trous avec des uniformes et des badges. Les trous remplissent des autorisations, les trous signent des formulaires. On leur montre la direction des chemins barbelés. On vaccine les trous pour qu’ils ne s’infectent pas. On les protège.

Et puis nos trous rencontrent d’autres trous. Des trous qui baisent d’autres trous. Des trous qui achètent des terrains et qui bâtissent leurs maisons sur leurs trous. Leurs gouffres. Ils s’arrachent les ongles, comme dans les rêves bizarres où on court sur place, où on hurle et que personne n’ entend et on continue comme ça à porter nos trous comme des enfants adorés jusqu’à la fin.

Moi aussi je peux voir les morts et je te jure que c’est pas un don.

Papa m’a dit tu iras loin ma fille, mais loin c’est flou, loin c’est rien, loin c’est qu’un trou.

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