lundi 20 mars 2017

on a tous un jour été le héros de quelqu’un
on a tous des fringues dans l’armoire qu’on a jamais portées
on a tous une image ou une phrase à la con qui revient surtout la nuit
une petite névrose qui suinte quand c’est la saison
et on se débat avec nos mains
et on agite frénétiquement nos pieds à travers la ville
et puis arrive un moment
où on commence toutes nos phrases par «putain»
mêmes révoltes
mêmes thèmes éculés
on meurt et on ressuscite plusieurs fois par nuit
et on baise on baise on baise
parce qu’on n’a plus le temps
on baise on baise on baise
c’est ce que font les prisonniers en conditionnelle
des rêves érotiques qui finissent dans le sang
des éclats de lumière
des fractions de chair
il faut un corps pour ça
et quand je dis ça je veux dire résister
oui on baise
des garçons des filles
qu'est-ce que ça change
on essaie de toucher quelque chose quelque part
on traverse la route
on s’éloigne un peu du bruit
on court
on jette des cailloux dans l’eau
on jette à s’en déboîter l’épaule
on jette le plus fort le plus loin possible
on ouvre grand la bouche
et puis on jouit
en attendant rien
dans un calme effrayant

vendredi 17 mars 2017

On n'est pas meilleurs

( A Malo)



y a pas de vérité mon amour
pas de puissance supérieure
pas de leçon à recevoir
ni à donner
y a que des gens tu vois
des gens qui marchent dans la rue
des gens avec des histoires vraies
d'autres avec des histoires sales
des gens et des pierres
des chemins pas tracés
l' idée de quelque chose
un mouvement dans l'air
des douleurs d'enfant
des conflits dans les organes
des trous d'obus
des blessures qui ne se soignent pas
des machins dans l inconscient
des armes fabriquées sans le vouloir
un grand cancer généralisé
de la précipitation
des mauvais souvenirs
des mauvais conseils
des questions rhétoriques
de la joie des fois
des choses qui ne s'enseignent pas
des egos durs comme de la glace
des gens qui ont peur des gens 

des gens qui croient bien faire
juste des gens
on n'est pas meilleurs tu sais
ni toi ni moi
faudra faire avec
y pas de vérité
pas de réponse
rien qui rassure
sauf la mort
et encore
parfois
ça suffit pas

c'est bientôt la saison des asperges


Je me souviens de ce type qui habitait
au-dessus de chez mes parents
michel
cravate lunettes bretelles
je dirais 1982 ou 83 peut-être

sa bonne femme nous gardait avec d'autres gosses
quand ma mère travaillait trop tôt ou rentrait trop tard
c' est-à-dire tous les jours
elle se méfiait des silences de mon frère
mais elle surveillait mes faiblesses avec cette violence invisible à l' oeil nu
et un énième midi devant mon assiette remplie de trucs
qui puaient d' autres trucs qu' un enfant de 4 ans peut pas comprendre
me voyant pleurer
elle trouva exactement les mots
ne finis pas cette assiette et tu ne revois jamais ta mère
michel, qui un jour avait frappé mon père au visage
pour une histoire de ballon dans le jardin
s'est fait sauter la cervelle hier
avec son fusil
sa bonne femme avec
moitié supérieure de la boite crânienne collée au plafond
une odeur à faire crever les rats
une scène insoutenable selon les flics
voilà voilà



jeudi 16 mars 2017

J'écris pas.

 On va pas se mentir. Ou alors si. Allez. Tout le monde se tutoie. C' est plus sympa. Courir en rond sur les collines. Le bonheur à n'importe quel prix. Les conventions sociales. Les conversations météo. Il fait humide aujourd'hui. Sais pas faire. Et la dictature des images. Jamais compris. Les animaux se reniflent. La lumière galvanise. La pluie fait gamberger. Ça pue la viande ici. De l'autre côté de l'aquarium. Quelque chose de douloureux derrière les yeux. Et j'ai pas d'idée. Et j'ai pas de plan B. En revanche une certaine compétence pour reconnaître les enculés. C' est déjà pas mal. J' écris pas. On va pas se mentir. Ou alors si. C' est le printemps des poètes à la RATP.

mercredi 15 mars 2017

de la cave

Ne cherche pas sur le trajet qui tu es
La question est morte sur la table au bac de philo
(Marc Guimo, "André Breton a gagné, et les textes longs découragent la plupart des gens" )