lundi 24 septembre 2018

Rémi, 14 ans. Sa mère est morte il y a 5 ans. Depuis son père est en dépression. Rémi vend du shit au collège et n'aime pas trop ma séquence sur l'autobiographie.

Marcelle, 83 ans, éjectée sur un chantier à coup d'élévateur, elle s'en sort pas trop mal. Trois côtes cassées et un traumatisme crânien. Qu'est-ce qu'elle foutait là? On sait pas.

Jade, 11 ans, envoyée en internat à l'autre bout du département parce qu'elle comprend pas grand-chose à ce que l'école essaie de lui refourguer. Elle s'est quand même mise à pleurer entre deux " allez vous faire foutre".

Baptiste, 16 ans, sa mère est à l'hôpital et son père a été muté il y a 5 ans. Jamais revenu. Il attend d'être placé.

Y a des soirs comme ça, je suis un peu fatiguée.

dimanche 9 septembre 2018

Marie-Rose (encore)


C'est décidé
Je ne veux plus être un animal sauvage
C' est ce que j'ai annoncé à Marie-Rose hier
En m'asseyant dans son canapé fleuri
C'est drôle comme entrée en matière elle m'a dit
Mais en fait elle n'a pas ri
Parce que j'ai 40 ans
Parce qu'elle en a 70
Et qu'elle en connaît un rayon sur les paradoxes et l'amour
Et la mélancolie
Elle en connaît un rayon sur la poésie aussi
Ce don qu'a l'écriture parfois d'entretenir la tristesse comme un vice
De caresser la petite charogne qui loge au fond du ventre
Le sale petit engrenage des paysages pluvieux
C'est vrai c'est un peu facile au fond
D'ailleurs je n'écris plus et pour cause
Y a d'autres chemins qu'elle dit Marie-Rose
Y a d'autres chemins

Quelque part je m'en fous qu'elle soit psy
Je m'en fous de sa bibliothèque
De sa médecine
J'ai plutôt besoin de ses yeux
De ses cheveux blancs
De la gravité de sa voix
Qui ne dit presque rien
De cette intelligence du silence
De cette grandeur des êtres libres
À côté desquels on se sent tout de suite un peu mieux
Surtout un vendredi soir de septembre
Dans le soleil de cette terrasse de bistrot
Marie-Rose elle a les canapés fleuris
Des fleurs dans les cheveux
Et c'est ma psy

jeudi 23 août 2018

Merde, lui, c'est pas le genre à décliner à la première absence. Et pourtant Monsieur roots in the green déprime. Monsieur rien à faire ou presque n'a pas pas le teint frais. Petite mine. Les bras qui traînent. Bon. Moi qui croyais que mon amour immodéré des grands espaces sauvages, des forces telluriques, des arbres en contre-jour et de l'océan lui suffirait. Faux. Bim. Et oui. Pas facile les êtres qui ne parlent pas. Pas simple le silence avec ceux que la psycho-psychana-psychiatrie ne concerne pas. Ceux qui ne parlent pas, ne pleurent pas, n'écrivent pas, ne dansent pas, ne se plaignent pas. Ceux qui n'ont pas de subconscient à se faire fouiller. Encore que. On ne sait pas tout. Et même parfois on ne sait rien. Alors peut-être juste laisser faire le décor, la contigüité des petites choses qu'on voit pas, l'angle du regard, le hasard si ça se trouve.

21 août. J'ai fait le grand ménage de printemps, j'ai déposé pas mal de choses à la déchetterie, débarrassé le plancher. J'ai ouvert la fenêtre côté sud-sud-est, c'est-à-dire côté soleil du matin.
Depuis on dirait qu'il va mieux. Depuis on dirait que je vais mieux.

Demain j'ai 40 ans, c'est la première et la dernière fois
et Monsieur Yucca n'a pas dit son dernier mot.

mardi 31 juillet 2018

Ginette la grenouille est morte hier soir
Un coup sur le crâne a suffi
C'etait une soirée d'été on ne peut plus paisible
Et Ginette avait tenté sa première piste noire entre les petits rochers blancs
A l'heure où les rayons obliquent
Un moment parfait
Une vraie carte postale
A l'extrémité d'un lac déserté par les humains
Mais parfois il suffit d'un
Il se trouve que cet un était mon fils
Ça aurait pu être un autre
Ou une bête sauvage
Ça ne change rien

On n' est pas beaux Ginette
On n'est pas très classe
On tourne en boucle dans nos pulsions primitives
On se conduit comme des manches
On ne contemple jamais les choses assez longtemps
On fait des choix malheureux

Ginette reine parmi les reines
Princesse des ancolies

J'entends déjà les " Pas grave Ginette, t'en verras d'autres"
Mais ce coup-ci non
Y en aura pas d'autres

C'est quand même un peu dingue de se dire qu' avec un seul caillou on peut indifféremment
devenir batricide ou juste joliment réinventer le présent
Avec pour seules variables le jour, l'heure et l'angle de la lumière.

samedi 7 juillet 2018

Des fois je me demande
Moi qui cours à une vitesse vertigineuse vers mes 40
Ce que je foutais quand j'avais 20 piges
De mes vacances sans perspective, sans horizon d'attente
Tout ce qui rendait la vie trop rapide
Tout ce qui me portait
Tout ce qui me rendait amoureuse
Les bleus aux genoux

C'était joli
C'était ça la vraie poésie
Rien à foutre de la météo
Rien à foutre d'avoir l'air d'une femme
Rien à foutre des nuits blanches
Ce que je faisais de mes soirées solo aussi
En fait j'en n'avais pas
Je me demande ce qu'il reste aujourd'hui de tout ça
Mais au fond je sais

La lumière
Et le carburant du vent

lundi 25 juin 2018

Une mouche a élu domicile dans mon lit ( c'est drôle)

Demain je me remettrai à la course à pied pour la 4e fois ( c'est drôle)
Le trou au genou de mon jean s'agrandit à chaque fois que je mets le pied dedans ( c'est drôle)
J'ai 39 ans et la maturité émotionnelle d'une enfant ( c'est drôle)
Il me reste 3 points sur mon permis ( c'est drôle)
J'ai retrouvé mon diplôme de secouriste ( c'est drôle)
Mes voisins sont facho ( c'est pas drôle)
Mon chat n'aime que les humains ( c'est drôle)
La poésie j'en ai rien à foutre ( c'est drôle)
On est dimanche 24 juin ( c'est drôle)
La température est de 26 degrés ( c'est drôle)
J'ai fini la bouteille de Chardonnay ( c'est drôle)


Dans certaines pathologies
Le bonheur est un truc à muscler
C' est vrai
Faut que j'apprenne à relativiser
Je n 'ai pas de maladie mentale
Je ne suis pas tétraplégique
J'ai un travail
Un enfant étonnant
Un fiancé incroyable
Aucune bombe ne me tombe sur la gueule
Je n'ai pas connu la guerre
J'ai accouché sous péridurale
Il fait beau
Je rentre à nouveau dans mon 36-38
Mon basilic a ressuscité
J'ai une bouteille de chardonnay au frigo
Faut pas que je me plaigne
Faut relativiser
Mais tout de même
On est samedi soir
Et je suis allongée sur mon canapé
Devant un reportage animalier
Expliquant la reproduction du tatou tronqué