mercredi 27 septembre 2017

J'écris pas

J'oscille. Et New York ne me fait plus rêver. J'oscille. L'histoire se répète. Il y a qu'on se croirait au théâtre. Dans une pièce sans fin. Mais pleine de valeurs. Dans le rôle du coupable mon frère. Dans le rôle du repenti son double. Trop drôle. La famille. Dans le rôle de mon voisin mon voisin. Moi madame je préfère me prostituer que voler. Moi madame je préfère massacrer mes enfants que voler. Le bien d'autrui c'est sacré. Il en a des défauts. Mon retraité de voisin. Avec sa petite moustache bizarre. Mais voler. Ca non. Il a des valeurs. C'est le mot du jour. Dans le tiroir de sa commode. La revue porno. Le révolver. Les anxiolytiques. Droiture d'esprit et violence. Gentillesse et perversion. Une histoire marrante sur le thème de l'inceste. Pour détendre l'atmosphère. On n'est pas payé cher mais qu'est-ce qu'on rigole. Petite moustache effrayante. Et tout l' amour de la campagne. Moi aussi j'aime bien les animaux. Mais je préfère les gens. La plupart du temps. Je te parle de trucs qui ne s'achètent pas. Je te parle d'aura dans la voix. Je te parle de justesse dans le cri. S'il faut s'envoyer des kilos de barbaque pour être un homme. S'il faut s'arracher les dents. S'il faut se tordre à l'agonie. Au revoir. Je ne suis pas un cobaye.

jeudi 21 septembre 2017

j'aurais dû prévenir peut-être


je suis pas faite pour la guerre

j'ai pas le goût
ni le charisme
et ça fait un bail maintenant qu'on se caillasse le coeur
avec le tranchant de nos os
nos egos comme des blockhaus qu'on s'envoie à la gueule
des bombes psychiques

ce sale courant qui nous traverse
ces petits bouts de rochers qu'on ne partage plus
on fait la queue pour voir la mer
de 20h46 à 20h46
avec des sourires de cadavres
après faut dégager
et à la fin le soleil disparaît


voilà c'est ça
je suis pas faite pour me battre
j ai pas l'ambition
je suis qu' une vieille adolescente collée au radiateur

et ce que j'appelle révolte
c' est qu' un rire vague à l' intérieur
des faux coups de poings
une rage un peu flasque
dans les chaussures
les cheveux
rien de plus

j'ai le vin stupide aussi
et ça fait du bien
de pas être intéressante
de parler pour rien
de rire pour que dalle
jusqu'à en chialer

j'aurais dû te dire peut-être
je suis pas faite pour tuer
ni pour être tuée
j'ai pas les épaules
j'ai pas le ventre
j'ai pas
en dépit de tout
et surtout des apparences

mercredi 13 septembre 2017

J' écris pas

Ça arrive parfois. Je suis fatiguée. La ville. Les appels au secours. Les voisins. C'est fatiguant. Sept milliards d' animaux en psychanalyse. Les humains savent plus quoi faire de leurs corps. Les vendre. Les pendre. Les trouer. Les détruire. Les laisser pourrir. Leurs corps. Ce qui rentre. Ce qui sort. Des kilos de barbaque. Des litres de sueur. Et cet air conditionné sur la tronche. La peau ne revient plus aussi vite en place. Je t' ai déjà dit que je préférais le vent en rafales? Être tendre ou être seule j hésite. Parquer la douleur dans un périmètre j'hésite. Crever un pneu à Honfleur pourquoi pas. La vie quoi. La vie sans spectacle particulier. Des fois j'existe. Des fois c'est les autres. Série de meurtres dans ma tête. L'ancrage ne se fait toujours pas. Toi aussi tu rêves de calendriers solaires? D'autoportraits-robots qui te suivent partout tout le temps? Toi aussi tu as des allergies plein l'inconscient? Changement de rhésus. Tu permets? J'enfile mon costume. Je vais chialer 5 minutes et je reviens. Changement de rhésus. Moi qui n' ai jamais cru en rien. Je me mets à faire des prières. je sais pas trop à qui ni pourquoi. Faites que la pluie. Faites que le vin. Faites que la sauvagerie. Faites que l'écho. Faites qu'on bande. Faites que. Faites que. Et puis pour une fois. L'espace d' une semaine. D' une putain de journée. Simplement. Faites qu' il n' y ait sur terre plus aucun réseau ni connexion internet.

mercredi 16 août 2017

Pute, ça s’improvise pas.
Alors pute insignifiante, t’imagines le taf.
Je ne suis ni assez courageuse, ni assez fière de mon cul pour ça.
Et puis les talons je supporte pas. Et puis j’ai toujours trop chaud ou trop froid.
Je me plains du temps et des gens.
J’ai eu une enfance plutôt sage. J’ai toujours manqué d’audace. Et je suis de cette génération en voie d’extinction et sûrement un peu con qui ne peut pas baiser sans aimer. Ca m’a valu de pleurer sûrement plus souvent qu’une pute après une passe.
Faut avoir des couilles pour faire pute. Faut être douée en psychologie de la misère et de la bourgeoisie. Faut être un peu infirmière. Faut encaisser la violence. Faut être douée en humains. Et puis en liberté.
Les putes sont pas toujours libres, c'est vrai. Mais la liberté c’est qu’un concept un peu factice, un peu flou, pour faire rêver les sociétés. Un truc pour éviter qu’on foute le feu. Un genre de garde-fous. Pute ou pas, tout le monde de traîne sa petite chaîne, son petit boulet d’acier, sa petite cage qui sent pas bon. Liberté de nourrir sa prison mentale, liberté d’addiction, liberté d’avoir mal dans un monde qui fonctionne pas. Personne n’y échappe vraiment.
Toi non plus. Faut pas être Freud pour comprendre qu’ à chaque fois que tu traites une inconnue de petite pute, tu chiales ta mère. On est tous pareils. On passe nos vies à chialer nos mères. Cherche pas. T’es malheureux. T’es une victime. La nuit, tu appelles. Tu voudrais qu’on t’embrasse les paupières, qu’on te caresse le plexus solaire. Tu voudrais qu’une main douce te rassure les couilles, mais personne le fait. Tu voudrais qu’on te parle de ta puissance, comme Maman, mais personne le fait. Toutes les femmes sont ta mère et toi tu joues au fils de pute. C’est ta misère que tu craches. On a compris. Jouir quand on est seul ça manque de sens oui. C’est insignifiant oui. Toi aussi t’as compris.
Moi tu vois, ce que j’aurais voulu, c’est avoir une place dans ma famille, ne pas avoir été humiliée, savoir gueuler un peu fort, être capable de décevoir mes parents de temps en temps, devenir une fille solide. Chacun ses problèmes.
Aujourd’hui j’ai 39 ans et je suis pas spécialement féministe.
Je veux bien qu’on me traite de pute, mais seulement si c’est moi qui demande.

mardi 8 août 2017

l’humanité est un trou


je veux dire, les gens naissent avec des trous dans le ventre. Des trous qu’ils portent comme des cheveux ou des angiomes invisibles. Des fois silencieux. Des fois tyranniques. Des trous à la Hitler. Des trous qui chialent leur mère. Des trous qui veulent être remplis. C’est nos trous à nous. Nos trous chéris. Nos trous de merde. Et on finit par appartenir à nos trous.

D’autres s’ajoutent après. Alors les trous qu’on est se mettent à courir les magasins de bouffe, les épiceries, les boutiques d’i-phones. Les trous boivent beaucoup. Les trous consomment comme des malades mentaux. Les trous achètent des livres qui parlent de sang et d’amour in utero. On explique aux trous que c’est bien normal d’être malheureux et au fond du ah voilà, on rassure les trous à grands coups de codes, de lois, de réformes pleines d’amitié et de télé. On cache les trous avec des uniformes et des badges. Les trous remplissent des autorisations, les trous signent des formulaires. On leur montre la direction des chemins barbelés. On vaccine les trous pour qu’ils ne s’infectent pas. On les protège.

Et puis nos trous rencontrent d’autres trous. Des trous qui baisent d’autres trous. Des trous qui achètent des terrains et qui bâtissent leurs maisons sur leurs trous. Leurs gouffres. Ils s’arrachent les ongles, comme dans les rêves bizarres où on court sur place, où on hurle et que personne n’ entend et on continue comme ça à porter nos trous comme des enfants adorés jusqu’à la fin.

Moi aussi je peux voir les morts et je te jure que c’est pas un don.

Papa m’a dit tu iras loin ma fille, mais loin c’est flou, loin c’est rien, loin c’est qu’un trou.