mardi 17 octobre 2017

j'ai l'impression qu'il pleut et pas que dehors

à 3h46 de la nuit
en principe
je trouve que décembre sent la mort
et que les tours de magie ne fonctionnent plus

des fois j’ ai une sensation bizarre dans la bouche
un goût de sueur
ou de sang
un écoulement toxique peut-être
j’ ai le sentiment qu’on est devenus un peu vieux
que nos corps vocifèrent en silence
comme des malades mentaux
qu’ils ne rebondissent plus comme avant
qu’ils s’écrasent un peu lourdement contre les choses
à 3h46
en principe
je trouve pas la bonne position
je me cours après j ’ ai l ’ organe qui cogne
je me rejoue des scènes de la veille ou d ’ il y a dix ans
dans une sale version de moi-même
des débris de réalité
une légère erreur dans le calendrier
un genre de latence qui fait pas de bien du tout
alors j ’évite de regarder par la fenêtre
j ’ ai toujours peur d’apercevoir quelque chose d ’ horrible
un chien en train de mourir
ou pire même
à 3h46 cette nuit
j ’ ai trouvé que l’ amour n’existait pas
qu’ on était très doués pour les trucs ratés
faire chialer le piano
se passer de trajectoires
et au fond c ’ est pas si mal
parce qu’ une certaine poésie se dégage de là
il est 3h46 depuis des années
et je te dis tout ça
parce que j ’ ai l ’ impression qu’ il pleut aussi chez toi
et pas que dehors

jeudi 5 octobre 2017

the indian runner

hier soir j'ai regardé un film
vieux et culte
et moi j'aime pas les films cultes
parce que j' aime pas le cinéma

je pensais que ça parlerait d' Indiens
mais en fait c'est l' histoire de deux frères
un flic et un rebelle pas commode
vachement violent et pas du tout responsable (le rebelle hein pas le flic)

après une grosse biture dans un bar
après une énième baston pour le plaisir
ils se retrouvent tous les deux dans la pénombre du bistrot
ils s'assoient tout près l'un de l'autre
leurs manches traînent dans le sang
et là y a une prise de conscience
ou une quête de quelque chose manifestement

évidemment que la vie est belle
qu' il dit le rebelle
faut juste avoir un peu d'humour
et l'autre est pas sûr de comprendre
mais c'est pas grave de pas comprendre
lui ce qu' il veut c'est que son frère soit heureux

je précise que leurs parents sont morts y a pas longtemps ( pendant le film )
ils sont en deuil bordel
le frère rebelle se fait des fix
il est défoncé grave
on le voit même à poil à un moment
on voit sa bite
on n'a pas d'autre choix que de regarder sa bite et ses tatouages
un vieux film culte transgressif alors du coup

à la fin il se tire pour toujours
alors que sa femme est belle
amoureuse de lui en plus
et sur le point d'accoucher

je raconte mal
en vrai c'était poignant
mais moi j' aime pas le cinéma
ni les films cultes dans le genre de celui-là
parce qu'après y a un drôle de silence chez moi
un truc impalpable qui me ramène à d autres trucs que j' essaie de refourguer à mon inconscient
et faut aller se coucher
avec des gouffres énormes dans la poitrine
qui me parlent de ma mère qui va mourir un jour
qui m' obligent à marcher toute la nuit dans mes propres pas
avec cette violence tellement logique
avec ces morceaux de cervelle sur les rideaux

j' aime pas le cinéma
parce que je ne comprends pas que c' est un film
je crois que c'est la réalité
d'ailleurs ça l' est
des fois c'est même encore plus réel que la réalité
alors j' étouffe de ce qu'il y a à porter
et je ne m'en remets vraiment jamais
Les aubes sont trop violentes pour toi, la plupart du temps. Il te faut maintenir ton corps au dessus des vagues. Tu as beau essayer, tes talons ne te rendent jamais sexy. Problème d'âme. Trop sèche, trop méfiante, atrophiée. Quelque chose est mort, pourri. Depuis toujours peut-être. Ou même avant. Et puis il y a la gentillesse. Il y a toujours la gentillesse. Quelque chose d'affable et un peu flasque qui traîne derrière tes chaussures. Tu ne devrais pas. Tu le sais. Tu te le répètes comme un De profundis. Comme une injure. Et le monde, cet enculé, se ligue et tient des paris à ton insu. Les autres sont des bombes prêtes à te déchiqueter, à te défoncer la pureté. Les autres cherchent toujours ce truc sacré à saccager. En toi. En eux. En général. Avec une certaine constance dans la férocité. Les autres, c'est la merde. Et le contrôle des rêves que tu n'as pas. Ta bouche devant la glace. Ta main devant ta bouche. Tu ne manges pas. Tu ne t'ennuies pas. Tu ne cherches pas qui tu es, mais qui être. C'est l' heure. Faut y aller. Les réalités ne coïncideront pas. Tant pis. Cette bonne vieille sensation d'imposture. Passionnant et ridicule. Tant pis. Il faut y aller.
Alors elle ira, avec un certain héroïsme dans la déchéance.


mercredi 27 septembre 2017

J'écris pas

J'oscille. Et New York ne me fait plus rêver. J'oscille. L'histoire se répète. Il y a qu'on se croirait au théâtre. Dans une pièce sans fin. Mais pleine de valeurs. Dans le rôle du coupable mon frère. Dans le rôle du repenti son double. Trop drôle. La famille. Dans le rôle de mon voisin mon voisin. Moi madame je préfère me prostituer que voler. Moi madame je préfère massacrer mes enfants que voler. Le bien d'autrui c'est sacré. Il en a des défauts. Mon retraité de voisin. Avec sa petite moustache bizarre. Mais voler. Ca non. Il a des valeurs. C'est le mot du jour. Dans le tiroir de sa commode. La revue porno. Le révolver. Les anxiolytiques. Droiture d'esprit et violence. Gentillesse et perversion. Une histoire marrante sur le thème de l'inceste. Pour détendre l'atmosphère. On n'est pas payé cher mais qu'est-ce qu'on rigole. Petite moustache effrayante. Et tout l' amour de la campagne. Moi aussi j'aime bien les animaux. Mais je préfère les gens. La plupart du temps. Je te parle de trucs qui ne s'achètent pas. Je te parle d'aura dans la voix. Je te parle de justesse dans le cri. S'il faut s'envoyer des kilos de barbaque pour être un homme. S'il faut s'arracher les dents. S'il faut se tordre à l'agonie. Au revoir. Je ne suis pas un cobaye.

jeudi 21 septembre 2017

j'aurais dû prévenir peut-être


je suis pas faite pour la guerre

j'ai pas le goût
ni le charisme
et ça fait un bail maintenant qu'on se caillasse le coeur
avec le tranchant de nos os
nos egos comme des blockhaus qu'on s'envoie à la gueule
des bombes psychiques

ce sale courant qui nous traverse
ces petits bouts de rochers qu'on ne partage plus
on fait la queue pour voir la mer
de 20h46 à 20h46
avec des sourires de cadavres
après faut dégager
et à la fin le soleil disparaît


voilà c'est ça
je suis pas faite pour me battre
j ai pas l'ambition
je suis qu' une vieille adolescente collée au radiateur

et ce que j'appelle révolte
c' est qu' un rire vague à l' intérieur
des faux coups de poings
une rage un peu flasque
dans les chaussures
les cheveux
rien de plus

j'ai le vin stupide aussi
et ça fait du bien
de pas être intéressante
de parler pour rien
de rire pour que dalle
jusqu'à en chialer

j'aurais dû te dire peut-être
je suis pas faite pour tuer
ni pour être tuée
j'ai pas les épaules
j'ai pas le ventre
j'ai pas
en dépit de tout
et surtout des apparences

mercredi 13 septembre 2017

J' écris pas

Ça arrive parfois. Je suis fatiguée. La ville. Les appels au secours. Les voisins. C'est fatiguant. Sept milliards d' animaux en psychanalyse. Les humains savent plus quoi faire de leurs corps. Les vendre. Les pendre. Les trouer. Les détruire. Les laisser pourrir. Leurs corps. Ce qui rentre. Ce qui sort. Des kilos de barbaque. Des litres de sueur. Et cet air conditionné sur la tronche. La peau ne revient plus aussi vite en place. Je t' ai déjà dit que je préférais le vent en rafales? Être tendre ou être seule j hésite. Parquer la douleur dans un périmètre j'hésite. Crever un pneu à Honfleur pourquoi pas. La vie quoi. La vie sans spectacle particulier. Des fois j'existe. Des fois c'est les autres. Série de meurtres dans ma tête. L'ancrage ne se fait toujours pas. Toi aussi tu rêves de calendriers solaires? D'autoportraits-robots qui te suivent partout tout le temps? Toi aussi tu as des allergies plein l'inconscient? Changement de rhésus. Tu permets? J'enfile mon costume. Je vais chialer 5 minutes et je reviens. Changement de rhésus. Moi qui n' ai jamais cru en rien. Je me mets à faire des prières. je sais pas trop à qui ni pourquoi. Faites que la pluie. Faites que le vin. Faites que la sauvagerie. Faites que l'écho. Faites qu'on bande. Faites que. Faites que. Et puis pour une fois. L'espace d' une semaine. D' une putain de journée. Simplement. Faites qu' il n' y ait sur terre plus aucun réseau ni connexion internet.