lundi 25 juin 2018

Une mouche a élu domicile dans mon lit ( c'est drôle)

Demain je me remettrai à la course à pied pour la 4e fois ( c'est drôle)
Le trou au genou de mon jean s'agrandit à chaque fois que je mets le pied dedans ( c'est drôle)
J'ai 39 ans et la maturité émotionnelle d'une enfant ( c'est drôle)
Il me reste 3 points sur mon permis ( c'est drôle)
J'ai retrouvé mon diplôme de secouriste ( c'est drôle)
Mes voisins sont facho ( c'est pas drôle)
Mon chat n'aime que les humains ( c'est drôle)
La poésie j'en ai rien à foutre ( c'est drôle)
On est dimanche 24 juin ( c'est drôle)
La température est de 26 degrés ( c'est drôle)
J'ai fini la bouteille de Chardonnay ( c'est drôle)


Dans certaines pathologies
Le bonheur est un truc à muscler
C' est vrai
Faut que j'apprenne à relativiser
Je n 'ai pas de maladie mentale
Je ne suis pas tétraplégique
J'ai un travail
Un enfant étonnant
Un fiancé incroyable
Aucune bombe ne me tombe sur la gueule
Je n'ai pas connu la guerre
J'ai accouché sous péridurale
Il fait beau
Je rentre à nouveau dans mon 36-38
Mon basilic a ressuscité
J'ai une bouteille de chardonnay au frigo
Faut pas que je me plaigne
Faut relativiser
Mais tout de même
On est samedi soir
Et je suis allongée sur mon canapé
Devant un reportage animalier
Expliquant la reproduction du tatou tronqué

mardi 5 juin 2018

Mon fils c’est un peu moi
mais en mieux
c’est ce que je me suis dit ce matin
quand il m’a pris la main avant de partir à l’autre bout du monde
(bon d’accord les Pyrénées)
je crois qu’il voulait me dire
que le courage c’est un truc à muscler
je crois qu’il voulait que je comprenne
que les choses ont la valeur qu’on veut bien leur accorder
alors il a respiré un grand coup
comme on fait le soir quand il est angoissé
il est monté dans le bus sans trop me dire au revoir
et de la fenêtre du bus
il m’a fait un signe qui ressemblait à
non non tu vas pas pleurer
j’ai des poils aux jambes regarde
je sais couper ma viande même quand elle est vachement dure
j’ai les épaules maman
fais-moi confiance bordel
écris des poèmes
vis ta vie
moi je vais éprouver la mienne
et je vais le faire tout de suite
je vais pas attendre d’avoir 30 piges comme toi
j’ai compris que c’était urgent
et puis dans 5 jours je suis de retour
avec des bleus aux genoux
et du carburant pour le futur
ça va être bien
après il a fait un autre signe qui ressemblait à
salut maman
ça m’a fait sourire
et aussi pleurer je vais pas mentir
parce que des fois
c’est pas si simple
d’être à la fois la mère et l’enfant

dimanche 3 juin 2018

Je sais pas trop comment le dire autrement
Depuis quelques jours Ernestine se lèche le cul jour et nuit
Comme une damnée
J'ai d'abord cru à un hobbie d'été
Mais non
Alors ce matin je l'ai attirée vicieusement dans sa cage avec du gourmet au lapin
Et je l'ai embarquée malgré ses feulements haineux chez le vétérinaire
-Elle s'appelle Ernestine mais j'aurais dû l'appeler Satan je me suis dit sur le trajet-
Qu' est-ce qu' elle a votre chatte
Me demande la secrétaire
Je lui réponds qu'elle se lèche l'anus avec beaucoup trop d'ardeur
Et qu'il est rouge vif à force
Ah je vois
(Elle voit)
Alors elle note dans l'agenda
Se-lèche-l'anus +++
Si vous voulez bien patienter
Oui je veux bien patienter
Carrément
Ma chatte a le cul en feu
Et puis elle commence à pogoter dans sa boîte

Depuis la salle d'attente on entend dehors une voix qui gueule
" j'en ai rien à foutre de tes hamsters Rachid"*

Bon bon bon

Le docteur plein d'entrain débarque
(Doux jeune beau dynamique et amoureux des animaux)
Alors alors? Qu'est-ce qu'on a?
(Nom de dieu)
Ma chatte se lèche l'anus
Rien d'autre?
( Nom de dieu )
Je ne crois pas
Montrez-moi ça
( Nom de dieu)

Mais il ouvre simplement la cage
(Doux jeune beau dynamique et amoureux des animaux)

Satan prostrée
les pupilles dilatées
Lui crache à la gueule
Ce qui sonne à peu près comme
Ta mère suce des queues en enfer

Bon bon bon
(A suivre)

mercredi 16 mai 2018

Ce matin en partant bosser
Dans le brouillard de ce mois de mai dégueulasse
Je me suis demandé ce que je ferais
Si jamais le soleil ne revenait pas
Si les journées continuaient à s'empiler dans le gris comme des parpaings
Comme un hiver sans fond
Parce que tu vois
Quand on vit où je vis
Quand on voit ce que je vois tous les jours au bout de la route qui m emmène au travail
Il en faut peu pour que la mort vienne se caler tranquille côté passager
Genre déesse autostoppeuse
Genre salope même pas sexy
Je le sais
Je l'ai déjà vue
Alors je me suis dit ma vieille
Trouve un plan B
La créativité c'est de la survie
Pas de la vengeance non
Juste une alternative à la mélancolie stérile de nos enfances un peu trouées
Un moyen d'ancrer nos pieds quelque part
Trouver des prises dans la paroi
Je me suis dit ça
Et j' ai posé un plan d'attaque monstrueux
Comme une princesse Viking sans cheveux
Comme une sacro-sainte guerrière illuminée
Je suis rentrée chez moi
Je me suis foutue dans le canapé
Et j'ai fini le bourgogne à la bouteille
En riant très fort
Et voilà

mardi 15 mai 2018

Porte 34


Terminal D. 14 degrés. Météo quasi merdique. La fille pleure. Ou alors c'est le reflet des flaques dans ses lunettes. On sait pas. La pluie lui fait mal aux yeux. C'est pas sa faute. Et en même temps si. Se tirer en Argentine ou pas. C'est pas vraiment la question. Si elle ne fait pas les choses maintenant elle ne les fera jamais. Il paraît.
Coup de feu au petit café du coin
 

Les gens se marrent
Ils trimballent leurs petites soucoupes non volantes en guise de cendrier
Ils pissent gaiement dans les fleurs avec la bénédiction de la direction
Opéra bulgare
Rayon bleu
Bim
Comment va Paris ce matin hein?


De l'autre coté le garçon fume sur le béton. Ses stigmates le démangent. Il s'arrache discrètement quelques plumes pour plus de confort. Extravagant. Classe. Les bateaux décollent sous ses yeux. Les avions débarquent au port. La fille n'en revient pas. Ou plutôt si. Elle revient sur ses pas. Bordel de merde. La magie leur colle aux baskets on dirait. Rien ne se divise en fait. Tout se multiplie. Travelling circulaire sans caméra.Terminal D. 14 degrés. Pas si dégueulasse finalement la météo. Quelque part au loin le soleil réapparaît.

De nos jours
Faut juste le savoir
On peut rencarder les anges aux terrasses des bistrots