mercredi 31 août 2016

38 ans et un jour



ce soir tu vois
je voudrais porter un tôôôst
à la copine maso
à la tata dingo
à la voisine inadaptée
à la fille qu’a mal au ventre
à 23h19
à celle qui fait comme si
elle s'arrangeait avec la peur
et comme si c’était simple
d’être en même temps la mère et l’enfant
quand se rejoue pour la centième fois
devant ce con de portail
la vieille scène de l’abandon
ce soir
je voudrais porter un tôôôst
et si c’est pas trop tard
trinquer avec le vent
à quelqu'un
à personne
à mes démons
au silence
et à la nuit

jeudi 25 août 2016

Damien ( encore )



Le lac est dégueulasse en fin de saison. La plage est artificielle forcément. Le maître nageur sauveteur n’est pas à son poste. C’est pas Hossegor non plus. Des types transportent un vieux canapé ikéa. Et des odeurs de pique-nique comme j’aime pas.


Et ça commande des barquettes de frites. Et ça bouffe tout ça sur l’herbe cramée. L’air devient gras aussi. Mon fils veut savoir tout de suite comment survivre sur une île déserte. Des boulistes s’insultent pour de vrai ou pour de faux.


Papa passe sans nous regarder. Il rejoint maman derrière des arbres où y a personne. Des garçons au bout de la plage lancent des filles dans l’eau. Elles hurlent. Se débattent. Se cambrent. En veulent encore. C’est normal.

Damien regarde ça de loin. Et aussi les seins d’une maman qui a enlevé le haut. Sa cage thoracique à lui est étroite. Il reste assis sur ma serviette. Pourtant on se connaît pas.

Le lac est dégueulasse en fin de saison. La plage est artificielle forcément. Au secours. Le maître nageur sauveteur n’est pas à son poste. C’est pas Hossegor. Non.

Damien


j’aurais pu m’appeler Freddy ou Jason
mais moi c’est Damien
j’ai 16 ans
je sais que j’ ai pas l’air
je sais que j'ai l'air de rien
je suis serveur à la brasserie de Leclerc tu connais ?
je suis bon en desserts aux pommes
j’ai du vocabulaire
je sais le prix de la vie
et puis je m’occupe de mon petit frère
je lui tonds les cheveux
je l’emmène à l’hôpital
je lui apprends le nom des poissons



l’année dernière
je suis allé chez Mickey près de Paris
c’était bien fait tous leurs trucs
un déploiement de fééries
pour le grand huit
faut faire un mètre quarante
alors j’ai dû montrer mes papiers
leur prouver des choses
j’ai pas baissé pas les yeux
ils m’ont laissé passer
je suis monté tout en haut du château rose après
c’est bien fait ça aussi
mais la princesse j’ai pas pu la voir
j’ai pensé que c’était à cause du terrorisme


mes parents sont pas venus chez Mickey
j’ai pas su pourquoi
ils me parlent pas tellement
ils me racontent pas grand-chose
ils baisent beaucoup par contre
je les entends souvent
moi ça m’arrivera jamais
avec mon corps de moineau
qui me fait envier mon petit frère
c’est pas grave
paraît que je suis intelligent
pour un garçon de 16 ans


dimanche 21 août 2016

A H.

Elle écrit pas. C’est ce qu’elle dit. Pas besoin. Son dentiste lui a curé les racines. A vif. Elle craint plus rien. Une sombre d’histoire d’hérédité. Fille de prolo malnutrie. Ca laisse forcément des traces. Dedans et dehors. C’est moche. C’est ce qu’elle dit. Alors elle attend son tour. Depuis 3 heures. 3 ans. 3 siècles. Vautrée sur un canapé en velours à 10000 balles. Elle roule sa clope imaginaire. Elle attend le carnage. Et elle emmerde la rentrée littéraire. Pieds mouillés. Lino. Néons blancs. Appelez-moi meskina. C’est ce qu’elle dit. Avant elle rangeait très bien les choses. Avant elle repassait très bien le linge. Mais un jour ça a pété dans un placard. Maintenant elle vit sur un chantier. Sur une montagne russe. Et ça vibre. Et c’est bon. Une sorte de sœur astrale. En tellement plus jolie. Ca c’est moi qui le dis. Le genre à bander muscles et nichons. Plantée sur une falaise à 300 au-dessus de la mer. Elle écrit pas. Ou alors juste en secret. Elle craint plus rien. En tous cas elle essaie d’y croire. C’est ça le truc. Y croire. Comme on dit.

mercredi 17 août 2016

Y a des soirs comme ça


où pour dormir il me faudrait

quelque chose de fort

quelque chose de léger

comme un vin qui déglingue

comme de la poudre de papillon

un vieux blues à la Gavin Bryars

quelque chose qui me fait du bien

quelque chose dans mes compétences

comme un rencard avec moi-même

au milieu d’un champ jaune carbone

quelque chose de possible

quelque chose de vaste

quelque chose qui ait de la gueule quoi



d’ici j’entends le train passer 2 fois par jour

et j’imagine parfois

que je sors de chez moi

que je cours pieds nus comme une dingue

que je traverse la rue comme une dingue

que je saute et que je m’accroche

au dernier wagon

comme dans un film de cinéma indépendant



Y a des soirs comme ça

où je n’ai pas d’autre choix

que de m’inventer une vie

à grands coups de coups de pied dans la nuit

hardly wait